rejets

Aux Etats-Unis, derrière les expulsions de clandestins, la peur

Des vagues d’arrestations de sans-papiers relancent la crainte que Donald Trump ne cherche pas qu’à expulser des délinquants. Avec 2,5 millions de clandestins rejetés aux frontières sous son mandat, Barack Obama avait atteint un record

L’arrestation de Daniel Ramírez Medina, 23 ans, a mis le feu aux poudres. Immigré mexicain aux Etats-Unis, Daniel Ramírez Medina n’a pas de papiers. Mais il est protégé par le fameux décret DACA (pour «Deferred action for Childhood arrivals»), signé par Barack Obama en 2012, qui préserve ceux qui sont arrivés illégalement aux Etats-Unis enfants. DACA lui donne le droit d’y résider et d’y travailler. Il est donc toléré sur sol américain. Son arrestation, jeudi dernier, a semé la panique parmi les clandestins, qui craignent désormais des expulsions quel que soit leur statut. Sur les près de 11 millions de sans-papiers qui vivraient aux Etats-Unis, 750 000 bénéficient du programme DACA, que Donald Trump a menacé de supprimer.

A ce sujet: Trump promet d'expulser des millions de clandestins

Accusé de faire partie d’un gang

Daniel Ramírez Medina a été arrêté avec son père, déjà expulsé deux fois. Selon les associations de défense des migrants, il s’agirait du tout premier cas DACA arrêté. L’épisode met en exergue la confusion qui entoure les récentes vagues d’arrestations d’immigrés clandestins. Le jeune Mexicain, arrivé à l’âge de 7 ans aux Etats-Unis, est désormais accusé par les autorités migratoires de faire partie d’un gang. Son avocat, Mark Rosenbaum, le nie et assure que rien ne justifie la détention de son client.

La semaine dernière, plus de 680 étrangers ont été arrêtés, dans au moins douze Etats, par des collaborateurs de l’agence fédérale de l’immigration (ICE). Les autorités disent ne viser que des «criminels», avec un casier judiciaire. Mais à en croire les ONG et avocats qui défendent ces migrants, près de 75% des clandestins arrêtés n’auraient aucun antécédent judiciaire.

Ces vagues d’arrestations s’inscrivent dans la lignée des promesses électorales de Donald Trump et interviennent peu après le gel de son décret anti-immigration, qui visait à interdire aux réfugiés et aux ressortissants de sept pays à majorité musulmane de fouler le sol américain pendant une période déterminée. Le décret mentionnait aussi les expulsions de clandestins. Pour le président des Etats-Unis, les agents doivent cibler ceux qui ont été condamnés. Mais aussi ceux qui «représentent un risque pour l’ordre public ou la sécurité nationale» ou qui ont «commis un fait susceptible de faire l’objet de poursuites». Des critères qui restent vagues et ouvrent la porte à l’arbitraire, dénoncent, inquiètes, les associations de défense des migrants.

Des raids, déjà, sous Barack Obama

S’agit-il d’un net durcissement? Si les critères justifiant des arrestations sont élargis, oui. Mais de tels raids avaient aussi été organisés sous la présidence de Barack Obama. D’octobre 2015 à septembre 2016, pas moins de 240 255 clandestins ont été expulsés des Etats-Unis, selon des statistiques du département de la Sécurité intérieure. Les trois quarts avaient été directement refoulés à la frontière mexicaine. L’année 2012 a connu un pic avec plus de 400 000 expulsions.

Les 20 000 agents de l’ICE ont plus précisément arrêté 114 434 clandestins en 2016. Les expulsions n’ont pas forcément lieu la même année. 59% appartenaient à la catégorie 1 des «crimes graves», et 30% à la catégorie 2 (condamnations pour violences conjugales, délits liés aux armes à feu, trafics de drogue etc), une hiérarchisation supprimée par Donald Trump.

Le New York Times rappelle que sous Obama, 675 arrestations de clandestins avaient, en moyenne, lieu chaque semaine en 2009, un chiffre qui a ensuite légèrement augmenté les années suivantes. Du point de vue du nombre, la récente opération menée sous l’administration Trump s’inscrit donc pour l’instant tout à fait dans cette moyenne. En pointe dans ce combat, la American Civil Liberties Union (ACLU), à l’origine du gel du décret anti-immigration de Donald Trump, rappelle qu’elle avait également critiqué la politique de Barack Obama à l’époque. Pendant son mandat, il avait expulsé 2,5 millions d’illégaux, bien plus que toutes les administrations précédentes.

Donald Trump devrait préciser ses intentions cette semaine. Pendant sa campagne, il avait d’abord déclaré vouloir expulser l’ensemble des 11 millions de clandestins sur sol américain, avant de se raviser et d’évoquer le chiffre de 3 millions, en se concentrant sur «les criminels, ceux qui appartiennent à des gangs, et les trafiquants de drogue». Selon des mémos provisoires du ministre de l’Intérieur John Kelly, dont le Washington Post a fait état, le nouveau projet viserait aussi des expulsions plus rapides. Sous Obama, seuls les clandestins appréhendés à moins de 160 kilomètres de la frontière et présents aux Etats-Unis depuis moins de 14 jours pouvaient, sans autres raisons, être immédiatement expulsés. Cette mesure pourrait désormais être étendue à ceux qui sont arrivés aux Etats-Unis dans les deux dernières années.

Lire aussi: Clandestins: les «villes sanctuaires» se rebiffent contre Donald Trump

Publicité