Etats-Unis

Donald Trump: les principaux points de son discours

Le président américain a défendu, lors de son très attendu premier discours devant le Congrès, une politique ferme en matière de défense et d’immigration. Il a mis l’accent sur l’emploi et a qualifié l’Obamacare de «désastre»

Son discours était très attendu. Pendant une heure, Donald Trump, costume sombre et cravate rayée bleue et blanche, a détaillé ses projets devant les membres du Congrès, ses ministres et les juges de la Cour suprême, mardi soir à Washington. En défendant sa politique de l'«Amérique d’abord». Mais son ton était moins martial que lors de son discours d’investiture.

Dès ses premières phrases, le président a assuré vouloir transmettre, «du fond du cœur», un message «d’unité et de force». Il a déclaré vouloir combattre la haine et défendre les droits humains. «Les dernières menaces en date visant des centres de la communauté juive et le vandalisme contre des cimetières juifs viennent nous rappeler que si nous sommes peut-être une nation divisée lorsqu’il s’agit de politique, nous sommes un pays uni pour condamner la haine et le mal sous toutes leurs formes», a-t-il lancé.

Il a ensuite très rapidement déroulé son programme protectionniste, axé sur l’emploi, la sécurité et la lutte contre l’immigration clandestine, et a parfois repris sa rhétorique de campagne, dont le fameux «nous allons assécher le marigot». Conscient que certains de ses plans peineront à passer tels quels au Congrès, il a appelé les républicains et les démocrates à «travailler ensemble». Et a salué l'«émergence d’une nouvelle fierté nationale».

Quelques heures avant son discours, lors d’une interview accordée à Fox News, le président, dont le début de mandat a été agité, a dévoilé son état d’esprit: «Je me donne un A pour ce qui est des efforts fournis mais C ou C + pour ce qui est de la manière dont les résultats de mes projets sont communiqués au peuple américain.»

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Une manière de dire que ses intentions sont bonnes, mais mal expliquées. C’est donc bien de la cohérence de ses priorités qu’il a cherché à convaincre. Avec un but: faire remonter sa cote de popularité, la pire jamais enregistrée par un président américain à la veille de son discours au Congrès. Selon CNN, seuls 44% d’Américains l’approuvent.

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■ Immigration

Il a bâti sa campagne sur la volonté de «lutter contre le fléau de l’immigration clandestine, en organisant des déportations de masse et en sécurisant les frontières». Donald Trump doit mettre un peu d’eau dans son vin après le tollé provoqué par son décret anti-immigration, qui visait à la fois les réfugiés et les ressortissants de sept pays musulmans, désormais gelé par la justice. Il a vaguement annoncé mardi soir vouloir mettre sur pied un système d’immigration basé sur le mérite, en s’inspirant du Canada et de l’Australie, pour «économiser énormément d’argent, permettre d’aider les familles en difficultés».

Contrairement à ce que laissaient supposer certaines fuites qui ont précédé son discours, le président américain n’a pas confirmé qu’il ne s’en prendrait pas aux «dreamers», les 750 000 immigrants sans-papiers arrivés enfants aux Etats-Unis qui bénéficient du programme DACA mis sur pied par Barack Obama en 2012. Il n’a pas évoqué de manière frontale l’idée de régulariser ceux qui n’ont pas commis de délits, même si c’est peut-être ce qu’il entend par «système au mérite».

Il s’est par contre montré très ferme contre les «clandestins criminels, membres de gangs et barons de la drogue», «qu’il faut expulser rapidement». Il a aussi confirmé vouloir «bientôt» construire un «grand, grand mur» entre les Etats-Unis et le Mexique. «En appliquant enfin nos lois sur l’immigration, nous augmenterons les salaires, aiderons les chômeurs, économiserons des milliards de dollars et renforcerons la sécurité de nos communautés», a-t-il lancé.

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■ Terrorisme et sécurité

«Notre pays ne doit pas devenir un sanctuaire de terroristes». Donald Trump a réaffirmé sa volonté d’éradiquer l’Etat islamique, «avec nos alliés, y compris des pays musulmans». Une petite polémique avait éclaté avant le discours: Donald Trump avait été conseillé de ne pas parler de «terrorisme radical islamique», pour ne pas stigmatiser les musulmans. Mais il a refusé. Il a même insisté sur ces mots.

Sur le plan de la criminalité, le président a, après une heure de discours, annoncé qu’il créerait un «bureau pour les victimes de crimes commis par des immigrants», une annonce qui lui a valu des cris de contestation dans la salle: «J’ai ordonné au département de la Sécurité intérieure de créer un bureau qui serve les victimes américaines. Ce bureau s’appellera VOICE – Victims Of Immigration Crime Engagement. Nous donnons une voix à ceux qui sont ignorés par les médias et réduits au silence par les intérêts particuliers». Parmi les invités de Donald Trump figuraient deux veuves de policiers californiens tués en 2014 par un clandestin. Barack Obama avait lui fait venir des sans-papiers.


■ Défense

Augmenter les dépenses militaires de 54 milliards de dollars et proposer, pour compenser, des coupes dans les autres départements, c’est son objectif pour le budget 2018, que le Congrès devra avaliser. Mais son intention de réduire les moyens à disposition de la diplomatie et de l’aide internationale est déjà contestée par plusieurs responsables américains. D’anciens hauts gradés de l’armée, dont le général David Petraeus, lui ont adressé une lettre ainsi qu’aux membres du Congrès pour leur demander d’épargner ces deux domaines. Donald Trump maintient clairement le curseur sur la sécurité, mais n’est pas entré dans les détails sur le budget. Il risque d’avoir des difficultés à faire passer ses plans tels quels au Congrès. Il s’est voulu rassurant: «Nous voulons l’harmonie et la stabilité, pas des guerres et des conflits.» ll a réaffirmé son attachement à l’OTAN.

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Donald Trump a par ailleurs cherché à éteindre une polémique en invitant la veuve de William Ryan Owens, un soldat tué lors d’un raid américain contre Al-Qaida au Yémen le 29 janvier. Elle était présente dans l’hémicycle, à côté d’Ivanka Trump, et en larmes lorsque la mémoire de son mari a été applaudie très longuement. Le père du soldat avait lui refusé de rencontrer Donald Trump, également présent sur la base aérienne de Dover pour accueillir la dépouille du soldat. Parce qu’il le tient pour responsable de la mort de son fils.


■ Santé

Donald Trump a promis d’abroger la réforme de l’assurance-maladie «Obamacare», qui a permis à plus de 20 millions d’Américains de souscrire à une couverture maladie. Mais son démantèlement et son remplacement provoquent des divisions au sein même du parti républicain. Un projet de loi qui circulait la semaine dernière a dû être enterré, faute de consensus. Mardi, Donald Trump a confirmé que l’Obamacare, «un désastre», doit être abrogé et qu’il proposera un système avec des cotisations basses. Il a été très applaudi. Il a aussi annoncé la nécessité de faire baisser le prix des médicaments.


■ Fiscalité

Les républicains, qui pour la première fois depuis 2006 contrôlent à la fois la Maison-Blanche et le Congrès, prévoient une réforme fiscale, déjà au cœur de tensions. Le président a confirmé viser une réforme fiscale «historique», qui réduira les impôts des entreprises et taxera les importations de produits étrangers pour protéger les industriels américains et favoriser les exportations. Il a également annoncé une baisse «massive» des impôts pour la classe moyenne. Sans entrer dans les détails.

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■ Infrastructures

Donald Trump a promis de consacrer mille milliards de dollars d’investissements publics et privés pour remettre à niveau les infrastructures américaines. «L’Amérique a dépensé environ six mille milliards de dollars au Moyen-Orient alors que les infrastructures chez nous se délitent. Avec ces six mille milliards de dollars, nous aurions pu reconstruire notre pays deux fois, et même trois fois si nous avions eu des dirigeants qui avaient la capacité de négocier», a-t-il déclaré. Ces investissements créeront des millions d’emplois, a-t-il insisté. La sécurité de l’emploi a été au cœur de son discours. Donner la priorité aux Américains reste son engagement central. Donald Trump a également dénoncé des accords de libre-échange jugés défavorables à l’Amérique.

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