France

Samedi matin à Orly, l'équipée meurtrière d'un criminel désireux de mourir «pour Allah»

Un homme a été abattu samedi matin à l'aéroport d'Orly. Son équipée meurtrière montre à nouveau le croisement des chemins entre délinquance des quartiers et islam radical. Il y a un an, le 22 mars 2016, Bruxelles était frappée par les terroristes

La date avait sans doute été bien choisie. C'est le jour même de la publication, par le Conseil constitutionnel, de la liste finale des onze candidats à la présidentielle française, qu'une tentative d'attentat a été déjouée de justesse à l'aéroport parisien d'Orly. Coïncidence: c'est aussi ce samedi que le candidat Emmanuel Macron avait choisi pour présenter ses propositions en matière de défense.

Ce dimanche, des commémorations ont également lieu à Toulouse en souvenir des meurtres commis par Mohamed Merah du 11 au 19 mars 2012. Avant que le recueillement ne s'empare de Bruxelles, dont l'aéroport et le métro furent frappés tragiquement le 22 mars 2016.

Les explications de notre correspondant à Paris, Richard Werly

◼ Que sait-on de l'attaque terroriste à l'aéroport d'Orly?

Le point le plus important est que cette tentative d'attentat conduite apparemment par un homme isolé a échoué. C'est vers six heures, samedi matin, à Garges les Gonesses, au nord de Paris, que démarre l'équipée meurtrière de Ziyed Ben Belgacem, né en 1978 et de nationalité française. Premier échange de coupss de feu avec la police lors d'un contrôle routier. Puis l'homme prend la fuite, traverse la métropole parisienne du nord au sud, et s'arrête à Vitry-sur-Seine. Une altercation et un nouvel échange de tirs a d'abord lieu dans un café où il a ses habitudes, puis il vole une voiture, avant de se diriger vers l'aéroport d'Orly.

Il est 8h22, heure de Paris, lorsqu'il met en joue avec son pistolet une militaire en patrouille dans la zone publique «Départ», avant les contrôles. La jeune femme, issue de l'armée de l'air, est menacée, l'arme sur la tempe. Mais elle résiste. Ses deux collègues militaires, en patrouille avec elle, parviennent à riposter lors d'un écart de l'agresseur qui dit «vouloir mourir pour Allah». Trois tirs le mettent hors d'état de nuire et des photos montrent étendu sur le sol, mort, dans l'aérogare d'Orly-Sud. Aucune revendication n'avait été formulée samedi soir.

L'auteur des faits était connu des services de police pour des délits de droit commun, vols avec violence et trafic de stupéfiants. Son autopsie devrait déterminer s'il a agi sous l'emprise de la drogue. Soupçonné de radicalisation lors de ses séjours en détention, il se trouvait sous contrôle judiciaire et avait également fait l'objet d'une perquisition administrative dans le cadre de l'état d'urgence en vigueur depuis novembre 2015. Il n'était toutefois pas fiché «S» comme le sont les individus convertis à l'islam radical. Trois hommes, dont son frère et un de ses cousins, ont été mis en garde à vue par les policiers anti-terroristes.

Logiquement, l'attaque a entraîné une paralysie totale à Orly, seconde plateforme aéroportuaire parisienne. Tous les vols ont été supprimés pendant plusieurs heures, jusqu'à la fin des opérations de déminage menées, entre autres, pour déterminer si l'agresseur avait sur lui une ceinture d'explosif ou des effets personnels piégés. Un bidon de carburant a été retrouvé dans son sac. Le trafic a repris au terminal Sud de l'aéroport de Paris-Orly en milieu d'après-midi. Un retour à la normale est annoncé pour ce dimanche.

◼ Cette attaque illustre-t-elle la menace terroriste qui continue de peser sur la France?

C'est évident, et le moment choisi est particulièrement symbolique. C'est ce samedi, à 11h30, que le Conseil constitutionnel a validé la liste de onze candidats à l'élection présidentielle des 23 avril et 7 mai, donnant ainsi le coup d'envoi officiel d'une campagne toujours aussi imprévisible.

Coïncidence: c'est aussi ce samedi qu'Emmanuel Macron, candidat centriste du mouvement «En marche!» avait choisi pour s'exprimer sur les questions de défense. L'intéressé a d'ailleurs rendu hommage à l'opération Sentinelle de déploiement des forces armées dans les sites publics. Il a aussi proposé le rétablissement d'un court service militaire obligatoire. L'opération Sentinelle, mise en œuvre depuis les attentats de janvier 2015, déploie plus de 10 000 militaires en France, en particulier dans les gares, aéroports et lieux de grande affluence.

Cette attaque prouve aussi que les militaires en patrouille sont devenus des cibles pour les terroristes. Elle intervient un mois et demi après celle contre des militaires au musée du Louvre à Paris commise par un homme qui a été grièvement blessé, et moins d'un an après l'attaque de l'aéroport de Bruxelles le 22 mars 2016 (32 morts et plus de 300 blessés). Deux autres tristes anniversaires sont commémorés ces jours-ci: celui des meurtres commis dans la banlieue de Toulouse en mars 2012 par Mohamed Merah (sept victimes, dont plusieurs enfants d'une école juive), et celui des attentats contre le métro et l'aéroport de Bruxelles le 22 mars 2016 (32 morts). 

Depuis quelques jours, la question de la levée prochaine de l'état d'urgence, en vigueur dans l'Hexagone depuis la nuit tragique du 13 novembre 2015, était redevenue d'actualité. Le ministre de la Justice avait estimé que tous les critères étaient remplis pour abroger ces mesures sécuritaires d'exception qui augmentent les pouvoirs d'interpellation et de renseignement des forces de l'ordre. François Hollande avait tranché dans le sens contraire, en décidant de maintenir celles-ci jusqu'à leur expiration légale à la fin juillet 2017. Le nouveau chef de l'Etat français élu le 7 mai héritera donc d'un pays toujours sous état d'urgence.

◼ La campagne présidentielle est-elle menacée?

Il est évident que la campagne présidentielle, désormais officiellement lancée et encadrée (décompte du temps de parole, etc.) va se poursuivre. Le candidat de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon espère une manifestation de masse ce samedi après-midi à la Bastille. Celui du PS Benoît Hamon compte remplir le stade omnisport de Bercy ce dimanche. Et le premier débat télévisé entre les cinq candidats les mieux placés dans les sondages (Fillon, Hamon, Macron, Le Pen, Mélenchon) aura lieu le 20 mars au soir sur TF1.

Le dispositif de sécurité autour des candidats et de leurs meetings va sans doute être revu à la hausse après cette nouvelle affaire. Et les propositions en matière de sécurité vont revenir à coup sûr au premier plan. L'affaire d'Orly prouve surtout, un nouvelle fois, la convergence des itinéraires entre délinquants des quartiers sensibles, islam radical et embrigadement terroriste. Ce qui complique toujours la tâche des enquêteurs. 

Preuve que l'enquête se poursuit et que les ramifications des attentats de 2016 n'ont pas encore été complétement mises au jour, l'artificier en chef du réseau terroriste des attentats de Bruxelles survenus le 22 mars 2016 et des attentats de Paris le 13 novembre 2015, a été identifié comme étant Ahmad Alkhald, né le 1er janvier 1992 à Alep, en Syrie. Il serait le seul membre des commandos encore en fuite et aurait regagné la Syrie à la mi-novembre 2015. 

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