France

Cinq candidats devant les caméras: place au théâtre présidentiel français

Pour la première fois, un débat télévisé réunit les cinq principaux candidats à l’Elysée avant le premier tour de scrutin. Un second débat réunissant l’ensemble des candidats aura lieu le 20 avril. La controverse bat son plein

Vous avez aimé les débats des primaires de la droite, puis du parti socialiste? Préparez-vous à un nouvel épisode du théâtre présidentiel français.

A partir de 21 heures ce soir sur TF1 et LCI, les cinq candidats crédités de plus de 10% dans les sondages se retrouveront face à face lors d’un débat télévisé inédit. Les six autres candidats validés par le Conseil constitutionnel dénoncent cette «injustice». Un prochain débat aura lieu le 20 avril, puis un troisième entre les deux tours de scrutin, le 23 avril et le 7 mai. Les explications de notre correspondant à Paris.

Lire l'analyse du débat:  Premier débat télévisé, premières fissures présidentielles

Deux débats télévisés avant le premier tour, une bonne nouvelle?

A voir les très bonnes audiences des débats télévisés des primaires – particulièrement ceux de la droite (huit millions de téléspectateurs pour Fillon-Juppé), plus suivis que ceux de la primaire «citoyenne» du Parti socialiste – la réponse est oui. Les Français suivent avec passion cette imprévisible course pour l’Elysée, que l’affaire Fillon, l’émergence de Macron ou la victoire du «frondeur» Hamon rendent encore plus haletante. Seuls deux «grands» candidats, rappelons-le, ont déjà affronté en 2012 le suffrage universel: Marine Le Pen (18% des voix) et Jean-Luc Mélenchon (11,1%).

Au-delà de cet engouement cathodique qui réjouit bien sûr les chaînes de télévision, plusieurs questions problématiques se posent toutefois. La première est le tri effectué par TF1 entre les «grands» candidats crédités d’au moins 10% dans les sondages (Le Pen, Macron, Fillon, Hamon, Mélenchon) au détriment des six autres candidats validés samedi par le Conseil constitutionnel (Arthaud, Cheminade, Asselineau, Poutou, Dupont-Aignan, Lassalle). La seconde question, qui en découle, porte sur la méthode: une prime télévisuelle à la dramatisation est en train de submerger le spectacle politique français, alors que jusqu’à présent, seul un débat présidentiel entre les deux tours avait lieu.

Evolution inéluctable à l’heure d’internet, des médias sociaux et de la prolifération des vidéos? Peut-être. Mais le sujet mérite en tout cas réflexion. Un recours au conseil d’Etat a été déposé par le candidat souverainiste Nicolas Dupont-Aignan, et les autres petits candidats vont désormais capitaliser au maximum sur cette discrimination pour exiger des compensations.

Côté «chorégraphie», ce débat durera 2h30. Les places sur le plateau ont été tirées au sort. Chaque candidat aura deux minutes pour répondre et ses concurrents pourront l’interpeller. La première question sera: «Quel président voulez-vous être?» et le premier à répondre sera François Fillon, suivi de Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron, Marine Le Pen et Benoît Hamon.

Marine Le Pen et Emmanuel Macron, le test cathodique

Actuellement donnés finalistes de l’élection présidentielle française par les sondages, la présidente du Front National et le candidat de «En Marche!» sont les plus attendus ce soir.

Leur pôle position dans les enquêtes d’opinion les rend en effet très vulnérables si l’on se souvient de ce qui s’est passé lors des primaires de gauche et de droite. Les candidats «outsiders» François Fillon et Benoît Hamon l’avaient en effet emporté contre toute attente, en particulier grâce à leurs bonnes prestations lors… des débats télévisés. C’est la première fois que Marine Le Pen peut débattre avec ses adversaires. En 2002, entre les deux tours de la présidentielle, Jacques Chirac avait refusé de débattre avec son père Jean-Marie Le Pen.

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L’autre indication importante de ce débat portera sur la stratégie adoptée par les candidats. François Fillon, candidat de la droite traditionnelle actuellement en troisième position au premier tour selon les sondages, va-t-il choisir surtout de s’en prendre à Marine Le Pen, qui lui dispute une partie de l’électorat ultra-conservateur? Ou va-t-il au contraire faire feu de tout bois contre Emmanuel Macron, bien installé au centre?

Une interrogation identique vaut pour Benoît Hamon, rassuré par son meeting réussi dimanche à Bercy, devant plus de 15 000 personnes. Le candidat socialiste, investi par un parti fracturé et divisé sur le bilan du quinquennat, continuera-t-il de se montrer conciliant envers son adversaire de gauche Jean-Luc Mélenchon? Ou va-t-il au contraire composer un personnage plus compatible avec le centre comme l’aurait fait l’ancien premier ministre Manuel Valls, finaliste battu de la primaire du PS en janvier 2016?

François Fillon, ça passe ou ça casse?

La résistance du candidat de la droite à la présidentielle n’est plus à démontrer. Lâché par plus de deux cents élus de son parti au début mars, François Fillon a tenu bon et obtenu finalement de rester en lice, conforté par la manifestation de ses partisans le 6 mars au Trocadéro à Paris. Difficile, toutefois, d’imaginer une situation plus inconfortable pour celui qui, après sa victoire à la primaire de la droite en novembre 2016, occupait solidement la position de favori. Mis en examen le 14 mars, François Fillon devra répéter pourquoi il a renoncé à sa promesse du 26 janvier de se retirer en cas d’inculpation. Il devra aussi s’expliquer sur la prochaine convocation de son épouse Pénélope par les juges le 28 mars, et sur les costumes qui lui ont été offerts par l’avocat Robert Bourgi, proche de plusieurs chefs d’Etat africains.

Pour le candidat conservateur, ce débat est donc crucial. Il entend démontrer que seul son programme peut permettre de sortir de la quasi-faillite économique de la France qu’il dénonce. Une belle prestation télévisée accréditerait l’idée que le pire est désormais derrière l’ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy, et qu’une reconquête est encore possible pour lui que les sondages ont toujours sous-estimé. Une mauvaise prestation, en revanche, creuserait le fossé qui le sépare du duo de tête Le Pen-Macron en termes d’intentions de vote.


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