Etats-Unis

Le patron du FBI confirme enquêter sur les liens entre les Russes et l'entourage de Trump

En audience publique devant une commission du Congrès, les responsables du FBI et de la NSA ont affirmé que le président américain n’a pas été mis sur écoute par son prédécesseur. Sur l’affaire russe, ils ont dénoncé les fuites

«Fake news». Quelques heures avant l’audition très attendue des patrons du FBI et de la NSA sur l’affaire russe par une commission du Congrès, Donald Trump avait déjà tranché. Dans un tweet matinal, alors que la CIA avait conclu en janvier que l’ingérence russe dans la présidentielle américaine avait pour but de le faire élire, le président affirme sur un ton sec qu’il n’y a «aucune collusion» entre Moscou et son entourage. Et juge que le Congrès devrait plutôt enquêter sur les fuites émanant du Renseignement dont profitent les médias.

Dimanche, c’est Devin Nunes, le président de la commission du Renseignement de la Chambre des représentants, celle qui a auditionné lundi les deux responsables, qui avait, sur Fox News, déclaré qu’il n’existait aucune preuve de collusion. Il a aussi précisé qu’il n’existait pas non plus d’éléments confirmant les accusations de Donald Trump selon lesquelles Barack Obama l’aurait mis sur écoute. C’est dans ce contexte tendu que s’est déroulée la première audience publique au Congrès.

Fuites condamnées

Concrètement, le renseignement américain a produit un rapport secret dont le contenu a été révélé en janvier par le Washington Post, qui indiquait que la Russie avait hacké les comptes emails de responsables démocrates, dont le chef de campagne de Hillary Clinton, et tenté, plus généralement, de peser sur le scrutin présidentiel pour avantager Donald Trump. Ces faits ne sont plus vraiment contestés. En revanche, aucune preuve ne permet d’affirmer que Donald Trump a lui-même joué un rôle actif dans cette affaire, ou demandé à ses proches de le faire, malgré des contacts répétés avec les Russes.

Alors, s’agit-il d’une simple «coïncidence» ou pas? Sur ce point précis, l’audition de lundi n’a pas vraiment permis d’en savoir plus. Assis côte à côte, le patron du FBI, James Comey, et Mike Rogers, le directeur de l’agence de renseignement américaine NSA, ont été forcés de sortir de leur silence, tout en restant sur leur réserve: certaines informations doivent rester classifiées pour protéger les sources. Le patron de la NSA a ainsi confirmé tout mettre en oeuvre pour clarifier le rôle et les effets des piratages russes. ll a aussi déploré les fuites, mais sans apporter de nouvelles informations.

Une «situation exceptionnelle»

James Comey, à la tête du FBI, a été un peu plus loin: fait inhabituel, il a confirmé que le FBI enquêtait bien sur les liens entre les Russes et l’entourage de Donald Trump. «J’ai reçu l’autorisation du ministère de la Justice de confirmer que le FBI, dans le cadre de sa mission de contre-espionnage, enquête sur les tentatives du gouvernement russe d’interférer dans l’élection présidentielle de 2016», a-t-il souligné, en invoquant une «situation exceptionnelle». «Cela inclut des investigations sur la nature des liens entre des individus liés à l’équipe de campagne Trump et le gouvernement russe, et pour déterminer s’il y a eu coordination entre la campagne et les efforts russes».

L’enquête étant en cours, il a toutefois refusé d’en dire davantage: «Nous devons respecter la sphère privée des gens, ne pas donner d’indices sur notre enquête». Mais les fuites sont un problème sérieux, et leurs auteurs doivent être poursuivis, a-t-il ajouté. Après plus d’une heure d’audition, James Comey a confirmé que les Russes avaient bien l’intention «d’aider Donald Trump et de nuire à Hillary Clinton».

A la rescousse du ministre de la Justice

L’affaire de l’ingérence russe envenime la classe politique américaine depuis des semaines et rend Donald Trump nerveux. Le président américain a dû se défaire de son conseiller à la sécurité nationale, Michael Flynn, parce qu’il avait caché des rencontres avec l’ambassadeur de Russie à Washington. Il a aussi dû venir à la rescousse de son ministre de la Justice Jeff Sessions, également critiqué pour des entretiens, discrets, menés avec le même ambassadeur. Donald Trump, qui préfère dénoncer l'«épouvantable campagne» des démocrates dont le comité national a été piraté par Moscou, a violemment attaqué Barack Obama comme pour faire diversion, et a refusé de venir en arrière malgré les différents démentis. Pire, la polémique a été relancée de plus belle après les déclarations de son porte-parole qui a laissé entendre que le renseignement britannique y avait contribué.

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Sur ce volet-là, Devin Nunes a été très clair lundi: la Trump Tower, à Manhattan, n’a pas été placée sur écoutes. Même conclusion du côté de James Comey et Mike Rogers. Ce dernier nie que la NSA ait demandé à Londres d’espionner Donald Trump.

Le patron du FBI, James Comey, avait été très critiqué pendant la campagne présidentielle en raison de son attitude envers Hillary Clinton. Dans l’affaire des emails de la candidate démocrate – elle avait utilisé sa messagerie privée alors qu’elle était Secrétaire d’Etat –, il a notamment suscité l’incompréhension en ouvrant une deuxième enquête le 28 octobre, à quelques jours de la date de l’élection, alors que la première avait été classée en juillet en concluant qu’aucun document ultra secret n’avait apparemment été transféré par ce moyen. Il a été soupçonné de vouloir saboter les chances d’Hillary Clinton, et surtout s’était adressé directement au Congrès plutôt que de passer par la hiérarchie directe. Il a été accusé d’avoir violé le «Hatch Act», qui interdit d’utiliser une fonction publique gouvernementale pour influencer une élection. La deuxième enquête n’avait rien révélé de nouveau

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D’autres commissions du Congrès planchent aussi sur l’affaire russe, la plupart à huis clos. C’est en partie en raison des nombreuses inconnues qui demeurent sur les contacts entre officiels russes et proches de Donald Trump, que des élus démocrates retardent la confirmation de nominations de ministres.

«L’une des trahisons les plus choquantes»

Donald Trump, tout en annonçant qu’il allait à nouveau être grand-père en septembre, a commenté l’audition publique en direct, via son compte twitter officiel @POTUS. Il a notamment tweeté «La NSA et le FBI disent au Congrès que la Russie n’a pas influencé le processus électoral», ce qui ne correspond pas tout à fait aux témoignages des deux hauts responsables. Ils ont bien déclaré ne pas avoir constaté de résultats tronqués à cause de l’ingérence russe dans certains Etats. Tous deux ont en revanche clairement confirmé que l’interférence russe avait pour but d’aider Donald Trump, mais sans être en mesure de donner des informations sur ses effets. C’est ce qui fait dire au démocrate Adam Schiff: «Nous ne savons pas encore si les Russes ont été aidés par des citoyens américains, notamment des gens associés à l’équipe de campagne Trump. Si c’était le cas, cela représenterait l’une des trahisons les plus choquantes de l’histoire de notre démocratie».

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