Brésil

La viande brésilienne sous le coup d’un embargo

Premier fournisseur mondial de boeuf et de poulet, le pays est sous le coup d’une interdiction d’exporter ses produits carnés

Inévitable, l’embargo a été annoncé lundi, à la suite du scandale de viande avariée qui secoue le Brésil, premier exportateur mondial de bœuf et de poulet. Ses principaux clients prennent leurs précautions. Ainsi, la Chine a suspendu toute importation de viandes «made in Brazil». L’UE, elle, a décidé de suspendre les approvisionnements auprès des 39 entreprises citées dans l’enquête de la police fédérale brésilienne, dont les deux géants mondiaux JBS et BRF, tout en resserrant les contrôles sur la viande en provenance de l’ensemble du pays. Chili et Corée ont pour leur part restreint l’embargo à BRF…

Le vendredi 17 mars, la police avait mené perquisitions et interpellations sur des soupçons de corruption des autorités sanitaires. Des inspecteurs du Ministère de l’agriculture auraient été soudoyés pour délivrer des permis sans procéder aux contrôles sanitaires, et les pots-de-vin auraient contribué à financer les deux partis qui se relaient depuis 18 ans à ce portefeuille, dont le Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB), formation du président, Michel Temer.

Dur revers

BRF aurait ainsi obtenu qu’un site de production reste habilité, malgré une contamination à la salmonelle qui a poussé l’Italie à bloquer des cargaisons. Le groupe assure que le type de bactérie détecté par les Italiens est toléré par les normes européennes. Il se défend aussi d’avoir farci ses saucisses avec du… carton, matériau qui aurait uniquement servi à leur emballage. Les écoutes téléphoniques effectuées par la police auraient été mal interprétées. Quant à JBS, un de ses employés est accusé d’avoir cherché à prolonger la date de validité de certains lots de poulet. Des accusations encore plus graves pèsent sur les autres entreprises: commercialisation de viande périmée, également employée dans la fabrication de saucisses; usage, au-delà de la dose légale, de substances chimiques, non-respect de la chaîne du froid…

Un revers dur pour un des rares secteurs à tirer son épingle du jeu en pleine récession économique. Rien qu’en 2016, les exportations ont rapporté 12 milliards de dollars.

Un problème ponctuel

Le gouvernement s’emploie à répéter que le problème est ponctuel. Sur les milliers d’inspecteurs sanitaires, seuls 33 sont en cause. Pareil pour le secteur du conditionnement des viandes, dit encore Brasilia, qui a placé sous scellé trois établissements cités dans le scandale et mis 18 autres sous surveillance renforcée. Le gouvernement assure aussi que la viande avariée n’aurait pas été exportée. Les représentants européens cités par la presse locale affirment également qu’aucune irrégularité n’avait été constatée jusqu’ici, ce que semble démentir l’affaire des cargaisons de BRF interceptées par les autorités italiennes.

Visiblement irrité, le ministre brésilien de l’Agriculture, Blairo Maggi, a été jusqu’à accuser la police de donner une version «fantasque» des faits… Quant au président, Michel Temer, il a raté son opération de com. Le barbecue auquel il a invité dimanche soir les ambassadeurs des pays importateurs de viande brésilienne s’est tenu dans un restaurant qui ne sert que du bœuf importé, selon le journal Estado de São Paulo.

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