Présidentielle française

En Suisse, le macronisme vient défier une droite bien installée

Les Français de Suisse ont toujours voté massivement à droite. Le mouvement En Marche! version helvète, né il y a un an, veut créer la surprise

Ni huées ni concert de casseroles ce mercredi 12 avril pour François Fillon de passage à Aix-les-Bains. La station thermale savoyarde sait bien se tenir. Les opposants manifestent en affichant leur indifférence. Ils sont par ailleurs peu nombreux. Cette terre est de droite. Avant de tenir meeting le soir-même à Lyon, le candidat Les Républicains (LR) a rencontré des champions de ski. Il rappelle qu'il fut pilote de course automobile «mais aussi un bon glisseur et j'ai appris tout seul».

Deux dames venues de Genève sont en extase: «Vous, la presse, n'en avez que pour Macron parce qu'il est beau garçon mais regardez François c'est lui le mieux bâti». Fillon-Macron, c'est le duel annoncé en Suisse que vont arbitrer quelques 127 000 Français inscrits sur les listes électorales consulaires.

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Une brèche s'est ouverte

«Le phénomène Macron n'aurait pas pris ici si Alain Juppé avait emporté la primaire de la droite», indique Isabelle Schmidt-Duvoisin, l'ex-présidente du comité de soutien à Alain Juppé en Suisse. Les pro-Juppé soutiennent que face au consensuel maire de Bordeaux, le leader d'en Marche n'aurait pu s'engouffrer dans la brèche ouverte par la victoire de Fillon, perçu comme plus conservateur et moins social.

Les Français de Suisse dont beaucoup sont des binationaux ont toujours voté à droite. La question est le score que réalisera dimanche Emmanuel Macron en Suisse. «Autour de 36% contre 31% à Fillon selon un sondage», lance, sans ambages, Joachim Son Forget, 34 ans, le représentant d'En Marche! en Suisse. Ce radiologue français qui exerce au CHUV est un transfuge du Parti socialiste. Il a rencontré Emmanuel Macron il y a tout juste un an, a lancé le mouvement version suisse en juillet 2016 avec 10 personnes. Il s'appuie désormais sur un cercle de 1246 adhérents.

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«Au début on avait surtout le jeune mâle sur-diplômé puis les femmes et des retraités sont venus» indique-t-il. Il poursuit: «Notre stratégie est numérique, on donne des coups de fil, on envoie des emails ciblés. Mais on tracte aussi, on débat dans des lieux publics». Le programme est résumé ainsi: brasser large, remettre de l'Etat là où il y en a besoin comme dans l'éducation et la fameuse flexibilité-sécurité comme en Suisse.

Propager des idées

«L'emploi à vie c'est terminé, le processus prud'homal doit être simplifié, les risques de licenciement seront sans doute plus élevés mais les chances d'évoluer aussi. Il faut apprendre aux jeunes à être davantage multi-tâches et mobiles», développe Joachim Son Forget. Qui évoque aussi le fameux passe-culture, ces 500 euros versés aux jeunes dès leur majorité pour un meilleur accès aux théâtres, livres, voyages. Aux abords des universités genevoises, ce sésame fait, paraît-il, mouche. Et peu importe que peu d'étudiants votent en France. Il s'agit dans la stratégie macroniste de propager une idée, via le tractage, la parole et les réseaux sociaux.

Tout autre genre de mobilisation mardi soir aux Vieux Grenadiers, le restaurant de la rue de Carouge à Genève. Les Républicains de Suisse y réunissaient une centaine de sympathisants. Tous derrière François Fillon. Dont le franco-suisse Rémy Burri, conseiller municipal genevois PLR. «J'ai rencontré François en 2012, j'ai tout de suite vu qu'il avait une stature d'homme d'Etat et son programme est de loin le plus abouti», confie-t-il.

«Avec Fillon, on sait où on va»

Claudine Schmid, la députée des Français de Suisse et du Liechtenstein, a évoqué pêle-mêle la nécessité de redresser la France, de réconcilier les Français, le pouvoir accru qu'il faut donner aux entreprises, l'assouplissement du code du travail, la fracture religieuse et ces femmes qui dans certains quartiers n'ont plus le droit d'aller au café. Sa cible: Macron qualifié d'OVNI. «Au moins avec François Fillon, on sait où on va», a-t-elle martelé.

A une question posée au sujet de l'environnement, la députée a estimé que les Français avaient en tête d'autres préoccupations comme le chômage et la sécurité. «L'écologie, ça ne touche pas les gens maintenant, dans vingt ans sans doute» a-t-elle précisé. Murmures désapprobateurs dans la salle. Autre thème jugé clivant: la présence de responsables de l'organisation Sens commun (chantre de la famille traditionnelle chrétienne) dans un possible gouvernement Fillon. Isabelle Schmidt-Duvoisin juge l'idée «peu heureuse qui pourrait crisper les Français dès le départ». La Juppéiste votera cependant sans état d'âme pour Fillon « le seul à pouvoir réunir une majorité parlementaire et donc gouverner».

Le FN ne veut pas faire «comme Erdogan»

Le Front national, de son côté, ne fait pas campagne en Suisse, pays dont le système référendaire pourtant séduit la formation d'extrême-droite. Anne-Françoise Abadi Parisi, conseillère régionale FN de Thonon, estime que son parti pratiquerait l'ingérence en allant tracter sur les marchés suisses. «Nous ne voulons pas faire comme Erdogan (le président turc, lors du récent référendum, nldr)» dit-elle.

 

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