Etats-Unis

L’Université de Berkeley accusée de censure par une ultra-conservatrice

Après avoir été interdite de donner une conférence, la polémiste Ann Coulter pourra finalement se rendre à Berkeley. Très progressiste et chantre de la liberté d’expression, l’université californienne gère l’affaire avec difficultés

Ann Coulter est une polémiste ultra-conservatrice, fan absolue de Donald Trump – elle a notamment publié un livre intitulé «In Trump we trust» –, qui considère Barack Obama comme un «attardé» et s’est distinguée par des tweets antisémites. Habituée des plateaux télévisés, l’analyste politique a été licenciée en 1996 par la chaîne MSNBC pour s’en être violemment prise au président de la fondation américaine des vétérans du Vietnam. La voilà qui peut ajouter une nouvelle ligne à son CV: se faire interdire de donner une conférence à l’Université de Berkeley.

Un souci de protection

Après avoir pris cette décision mercredi par crainte de nouveaux affrontements entre des partisans et opposants de Donald Trump, l'université américaine de Berkeley est finalement revenue en arrière, donnant le feu vert à la venue d'Ann Coulter. «Cette université est engagée à respecter le premier amendement de la Constitution» américaine, qui défend la liberté d'expression, a déclaré le président de l'université, Nicholas Dirks, dans un communiqué.

La faculté californienne, qui a vu naître dans les années 60 le mouvement du «Free Speech», des manifestations étudiantes massives pour demander la liberté de parole politique et académique, a toutefois également «un engagement infaillible envers la sécurité et le bien-être des intervenants qui viennent sur le campus, celle de nos étudiants et autres» employés ou visiteurs, insiste-t-il.

«Dans ce contexte, l'annonce par Ann Coulter qu'elle voulait venir sur le campus le 27 avril sans considération pour le fait que nous n'avions pas de lieu disponible pouvant être protégé à cette date générait de fortes inquiétudes», poursuit-il. Il a notamment relevé que la police locale avait fait état de menaces qui «pourraient poser un grave danger à l'intervenante, au public et à ceux qui veulent manifester pacifiquement contre cet événement».

«Vu nos sérieuses réserves et inquiétudes sur les intentions avancées par Ann Coulter, j'ai demandé à mes employés de chercher au-delà de nos lieux habituels pour de vastes rassemblements et de voir s'il n'y aurait pas un endroit pour cet événement qui pourrait être sécurisé», et ils en ont trouvé un «pour l'après-midi du 2 mai», conclut-il.

Des manifestations annoncées

Le 15 avril, de violents heurts opposant notamment des nationalistes à des anarchistes ont eu lieu près du campus et se sont soldés par une vingtaine d’arrestations. Selon un porte-parole, des affiches placardées sur des murs de l’université annonçaient de nouvelles manifestations et des propos menaçants à l’égard d’Ann Coulter ont été partagés sur Internet. C’est ce qui a motivé l’université à annuler dans un premier temps la venue de la conférencière, qui devait avant tout parler d’immigration: sa sécurité ne pouvait pas être assurée correctement.

Folle de rage, Ann Coulter a assuré sur Twitter qu’elle serait malgré tout présente le 27 avril, comme initialement prévu. Elle est appuyée par la Young America’s Foundation, un groupe conservateur à l’origine de l’organisation de la conférence. Ann Coulter avait mis des conditions à sa venue. Elle a notamment exigé que l’université annonce à l’avance que tout étudiant qui chercherait à perturber sa conférence serait expulsé. Au Hollywood Reporter, elle confirme sa détermination à braver l’interdiction: «Ils ne peuvent pas me stopper. Je suis Américaine. J’ai des droits constitutionnels».

Cette affaire relance la sensible question de la liberté d’expression sur les campus d’universités bénéficiant de fonds publics, et la marge de manoeuvre de leurs responsables. Ann Coulter a été invitée par deux groupes d’étudiants. Pourquoi l’université, connaissant la réputation sulfureuse de la conférencière et les risques de débordements liés à sa venue, n’a-t-elle pas dès le départ renoncé à l’inviter? 

L’affaire Yiannopoulos

Ce n’est pas la première fois que l’Université de Berkeley décide d’annuler la venue d’un conférencier. Elle l’a fait en février. Milo Yiannopoulos, alors rédacteur en chef du site d’extrême droite Breitbart News, provocateur né, s’était fait signifier qu’il était non grata. Là aussi, la décision a été prise en raison de violentes manifestations qui ont suivi l’annonce de la venue du sulfureux personnage, grand admirateur du président américain. Le 2 février, Donald Trump s’était d’ailleurs érigé, sur Twitter, contre cette décision en menaçant, au nom de la liberté d’expression, de couper les fonds fédéraux de l’université.

Mais quelques jours plus tard, l’exubérant britannique, homosexuel revendiqué, a dû démissionner de Breitbart News, en raison d’une polémique déclenchée par ses propos sur la pédophilie. Son éditeur a également renoncé à publier son autobiographie «Dangerous», qui devait sortir en juin.

Berkeley n’est pas la seule université à devoir gérer de sensibles affaires de liberté d’expression. Mardi, l’université d’Auburn, dans l’Alabama, voulait annuler une conférence du suprémaciste blanc Richard Spencer, mais s’est vue freinée dans son élan par une décision d’un juge fédéral. Ce dernier a estimé que rien ne permettait de prouver que Richard Spencer pouvait provoquer des actes de violence.

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