France

Une jeunesse française tentée par les extrêmes au premier tour de la présidentielle

Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon sont plébiscités par les 18-24 ans, à en croire certaines études. Seule l’abstention réaliserait un meilleur score

Il avance d’un pas assuré dans le jardin du Luxembourg, à Paris, une rose bleue fixée au revers de sa veste. Un détail vestimentaire pour marquer son appartenance à un parti politique en vogue dans la campagne présidentielle française: le Front national. Un choix assumé et une assurance qui étonne. Il n’a que 18 ans. Antonio Davisseau est un militant actif du parti d’extrême droite. Dans la dernière ligne droite, il distribue des tracts, participe aux meetings et relaie les messages de Marine Le Pen sur les réseaux sociaux.

«Si elle était élue, la France serait un pays plus sûr, plus propre, fier de ses racines, de sa langue et de sa civilisation», liste cet étudiant en histoire de l’art et archéologie. Une vague «bleue marine» va-t-elle déferler sur la jeunesse française? La question se pose plus que jamais. Chez les jeunes votants, la tentation des extrêmes est au plus haut. Selon l’Institut français d’opinion publique (Ifop), le score du Front national pourrait atteindre 29% chez les jeunes de 18-24 ans dès le premier tour.

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Un niveau record qui ne surprend pas les sociologues. «Marine Le Pen, dans son entreprise de dédiabolisation et de conquête du pouvoir, a gagné des gages de crédibilité dans l’ensemble de l’opinion mais aussi au sein des jeunes générations», indique la directrice de recherches Anne Muxel sur Telos, une «agence intellectuelle» en ligne.

Marine Le Pen, une «alternative» qui plaît aux jeunes

Cet attrait pour le parti d’extrême droite n’est en réalité pas nouveau. Depuis 2002, et l’irruption de Jean-Marie Le Pen au deuxième tour de la présidentielle, les idées du Front national infusent dans la jeunesse. Le programme frontiste séduit surtout une jeunesse peu visible, détaille Anne Muxel, «celle qui est sortie du système scolaire de façon précoce et non la jeunesse étudiante, celle qui habite les campagnes et les territoires périurbains et non la jeunesse des villes et des grandes métropoles».

Le discours anti-système du Front national obtient un écho certain. «Marine Le Pen apparaît comme un recours, une alternative. Elle promet aux jeunes des emplois, une identité forte. Des choses que la droite et la gauche n’ont pas su leur offrir», estime Michel Fize, sociologue spécialiste de la jeunesse. François Hollande avait fait de la jeunesse la priorité de son quinquennat. «Aider la jeunesse, c’est donner un horizon à toute la France, à toute la société», affirmait-il en 2013 lors d’un discours remarqué à Grenoble. Un engagement fort sans réel résultat et source de désillusions, estime l’ancien chercheur du CNRS.

Forte abstention

Le premier parti chez les jeunes reste toutefois l’abstention, alimentée par une défiance élevée vis-à-vis des partis traditionnels. «Le fossé s’est élargi entre les citoyens et la classe politique», juge Michel Fize, auteur de «La crise morale de la France et des Français».

Plus de la moitié des jeunes (52%) pourrait bien éviter les isoloirs dimanche prochain, surtout les jeunes défavorisés ou en situation d’échec scolaire. «En tant que militant, j’ai pu constater que beaucoup de jeunes ne sont pas très intéressés par la chose publique. Je trouve cela dommage car les décisions que prendra le prochain président engageront l’ensemble des générations», regrette Mahjoub Mairèche, étudiant en droit et militant Les Républicains.

Même des étudiants, qui ont une certaine proximité avec les questions politiques, pourraient bouder le scrutin. Un phénomène qui permet de «prendre conscience de l’ampleur du désarroi et de la colère de la jeunesse», indique Michel Fize. Dans ses meetings, Jean-Luc Mélenchon s’empare de ce ras-le-bol. «Vous n’êtes pas des fachos, vous êtes fâchés», répète-t-il.

Hologrammes, chaîne Youtube, jeu vidéo dont il est le héros, le candidat de la gauche radicale joue la carte de la campagne connectée pour capter cet électorat. Dans son local syndical de l’université Paris-Diderot, le jeune militant Nicolas Cassé s’en félicite: «On n’a jamais vu une campagne aussi innovante.» Une étude réalisée par l’institut Elabe pour Les Echos, Radio Classique et l’Institut Montaigne, place le leader de «la France insoumise» en position de favori des 18-24 ans avec 28% des intentions de vote.

Les prétendants à l’Elysée ont toujours murmuré à l’oreille de la jeunesse. «C’est une constante chez les politiques, la jeunesse c’est l’âge que l’on flatte. C’est aussi une manière d’obtenir l’adhésion de leurs parents», confirme Michel Fize. Emmanuel Macron axe également son discours sur cette «nouvelle génération» qui doit prendre le pouvoir. Mais le profil de ses jeunes supporters est bien différent. Eux sont plutôt des étudiants, enfants de cadres supérieurs et implantés dans les grandes villes. A l’âge où les repères sont brouillés, une forme de lutte des classes émerge déjà.

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