France

Emmanuel Macron au Temps: «Comme les Français de l'étranger, je veux une France conquérante»

Dans un ultime entretien, accordé au Temps avant l'attentat des Champs-Elysées, Emmanuel Macron présente son projet pour les 2,7 millions de Français de l'étranger (dont plus de 200 000 en Suisse). Sur la fiscalité, l'éducation ou l'Europe, le fondateur d'«En Marche!» promet un profond renouvellement. Une réponse à François Fillon, qui s'était exprimé jeudi dans nos colonnes

L'attentat commis contre les policiers aux Champs Elysées n'avait pas encore eu lieu lorsque Emmanuel Macron a accepté jeudi après-midi de répondre aux questions du Temps. Le matin, le candidat «d'En Marche!» avait adressé via internet une nouvelle lettre aux Français de l'étranger. Une preuve de l'importance que l'ancien ministre de l'Economie accorde à ces concitoyens expatriés. Ses ultimes meetings prévus ce vendredi à Rouen et Arras ont été annulés, après l'attentat survenu à Paris.

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Le Temps: Le vote des 2,7 millions de Français de l'étranger sera-t-il, le 23 avril, déterminant pour l'issue du premier tour de la présidentielle?

Emmanuel Macron: Certainement, car l’élection est plus incertaine que les précédentes. Chacun doit mesurer les enjeux de ce scrutin: le renouvellement ou le conservatisme, l’ouverture ou le repli, une vraie refondation de l’Europe ou le délitement de ce projet, par manque d’engagement européen ou par rejet pur et simple. Je suis convaincu que les Français de l'étranger veulent, comme moi, montrer le visage d’une France ouverte et conquérante. Or je suis le seul candidat à proposer le renouvellement politique, des réformes de fond et l’ambition européenne. Le projet que je porte n'est pas replié sur le culte du passé. Plus que tout, les Français de l’étranger, qui ont quitté leur pays pour travailler, innover, entreprendre, savent ce que cela signifie. Ils ont le goût de l’avenir, le désir d’être fiers de leur pays, partout dans le monde. C'est également le but «d'En Marche!» dont la mobilisation ne trompe pas: 16 000 adhérents à l'étranger, plus de 450 comités dans plus de 120 pays... En Suisse, nous rassemblons plus de 1 200 adhérents, dans 15 comités locaux. C’est un formidable engagement!

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– Vous êtes jeune, candidat pour la première fois à la présidentielle française. Est-ce un obstacle ?

– Les expatriés savent souvent ce que prendre des risques veut dire. Certains sont expérimentés, d’autres très jeunes. Ils se sont lancés! Tous veulent être fiers de la France. Je suis animé du même esprit d’ouverture et de conquête. Il m’a conduit à créer un rassemblement inédit des progressistes, à proposer un projet réformateur et européen. Les Français de l'étranger ont tenté l’aventure hors de nos frontières, parfois à cause des blocages, des difficultés à trouver leur place dans notre pays. Parfois par amour, par goût du changement, de la nouveauté. Mon projet de libération des énergies et de reconnaissance du travail comme valeur essentielle correspond à leurs attentes.

– Le départ à l'étranger pour des raisons fiscales est une réalité. Le retour de ces «exilés» sera-t-il pour vous une priorité? En Suisse, beaucoup attendent des décisions...

– Je ne fais pas de démagogie: pour les cas d’optimisation ou de fraude fiscale, je n’aurai aucune complaisance. En revanche, il est clair que notre fiscalité n’encourage pas assez le travail, l’entreprenariat et l’investissement. Dans le projet que je propose, tout sera fait pour que les entreprises soient encouragées à investir et à se développer en France. Je réformerai l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF), qui ne taxera plus le capital productif et donc les investissements dans l’économie. Je me suis engagé à mettre en place un prélèvement forfaitaire unique, plus simple et plus incitatif, qui remplacera les prélèvements existants sur les revenus du capital. 

– En quoi les Français expatriés peuvent-ils aider au redémarrage de l'économie française ?

– L’expérience à l’étranger est une richesse unique. Ce que je veux, ce n’est pas un pays fermé, où les talents du monde seraient interdits de séjour et où les Français de l’étranger seraient vus comme de mauvais patriotes. Ce que je veux, c’est un pays où l’on ait envie de revenir, après quelques années ailleurs, où l’expérience professionnelle, intellectuelle, artistique, entrepreneuriale hors de nos frontières soit saluée et valorisée. Pour cela, il faut des mesures, comme celles que je viens d’évoquer. Mais il faut aussi un état d’esprit, une image positive, une France qui rayonne et donne envie. C’est cette France conquérante que je veux construire.

– Beaucoup s'inquiètent des fractures françaises. Saurez-vous réconcilier la France?

– Le projet que je porte répond à cette question! Il a comme ADN le rassemblement des progressistes et la réconciliation des France, celle des grandes métropoles et des périphéries ou des zones rurales, celle des gagnants et des perdants de la mondialisation, ceux qui vivent ici et ceux qui ont choisi de porter nos couleurs au-delà des frontières. L'esprit de mon programme est clair: ouvrir, simplifier, impliquer toutes celles et tous ceux qui sont loin de France mais restent profondément attachés à notre pays et à sa réussite.

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Les Français de l’étranger doivent se sentir plus proches de leurs élus, mieux écoutés au niveau national. Je propose de développer le vote en ligne aux élections présidentielles, de le renforcer pour les élections législatives et consulaires, dans des conditions de sécurité maximale. Et puis, il faut simplifier! Je propose de créer une plateforme en ligne qui permettra aux Français de l’étranger d’être guidés et accompagnés: mentorat, partage d’expériences, de connaissances, de réseaux professionnels... Cette plateforme sera aussi un guichet unique pour régler toutes les formalités administratives. Ouvrir, simplifier, impliquer toutes celles et tous ceux qui sont loin de France mais restent profondément attachés à notre pays et à sa réussite: tel est mon programme.

– Le spectre d'un second tour Mélenchon-Le Pen commence à surgir. Il effraie à l'étranger. N'est-ce pas l'échec de la droite et de la gauche de «gouvernement» qui est ici sanctionné ?

– C’est l’échec du système des partis traditionnels, qui alternent sans réformer, car ils en sont incapables: leurs adhérents, leurs élus sont en désaccord sur l’essentiel - la réforme économique, l’Europe, la laïcité, le rapport au travail dans une économie bouleversée par le numérique… Dans ce contexte, Marine Le Pen a pu se présenter comme la seule voie du changement. Jean-Luc Mélenchon, pourtant élu depuis plus de 30 ans, vend la même illusion... Je ne me résouds pas à ce que le changement consiste à jeter aux orties le projet européen, à briser l’euro, à ruiner le pays par un programme économique insensé, à diviser la France et à la rabougrir. C’est pour cela que j’ai créé «En Marche!», pour rassembler enfin les progressistes et ne pas laisser le monopole de l’alternance aux extrémistes.

– La posture européenne de la France interroge. Comment, concrètement, ferez-vous de l'Europe une priorité de votre quinquennat ?

– Ma méthode sera celle de la refondation: dès le premier jour, je proposerai à l’Allemagne un projet commun pour renforcer la sécurité aux frontières de l’Union, créer un budget européen de défense qui permette de développer nos technologies militaires, une réforme de la zone euro pour investir ensemble, un renforcement des règles européennes contre le dumping, un fonds de soutien à nos entreprises dans le numérique… Nous proposerons ensuite ce projet à nos partenaires avec un principe simple: les Etats qui ne veulent pas aller de l’avant n’empêcheront pas les autres d’avancer. Je préfère l’Europe à plusieurs vitesses à l’Europe du surplace.

 

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