Etats-Unis

La droite suprémaciste américaine réagit à l’élection d’Emmanuel Macron

Perdante, Marine Le Pen est soudainement moins intéressante pour les Américains qui la soutenaient. Elle a pourtant été appuyée par une partie de la galaxie de l’alt-right

Bill Clinton a été plus rapide. Il a tweeté avant Donald Trump pour féliciter Emmanuel Macron. L’actuel président américain s’est lui fendu d’un message plutôt classique: «Je félicite Emmanuel Macron pour sa grande victoire aujourd’hui comme prochain président de France. Je me réjouis beaucoup de collaborer avec lui!».

Contrairement à Barack Obama qui a diffusé jeudi une vidéo où il affichait clairement son soutien à Emmanuel Macron, Donald Trump ne s’est jamais exprimé en sa faveur. Il avait même laissé entendre que la récente attaque terroriste pourrait profiter à la candidate de l’extrême droite. Il a néanmoins exprimé ses vœux, dimanche soir, au nouvel élu.

«Les accueillir comme réfugiés politiques»

Les Français des Etats-Unis sont 92% à avoir voté pour Emmanuel Macron. Mais ils ne sont pas les seuls à avoir suivi le scrutin de près. L’alt-right américaine, mouvance à tendance conspirationniste, suprémaciste et anti-immigration, a également attendu les résultats avec une certaine fébrilité. Sur les réseaux sociaux, où elle est très présente, les réactions ont été vives après la défaite de Marine Le Pen. Le blogueur et écrivain Mike Cernovich – 261 000 personnes le suivent sur Twitter – a, en réponse au tweet de félicitation de Donald Trump, été jusqu’à suggérer que les Etats-Unis «accueillent les électeurs de Marine Le Pen comme réfugiés politiques».

Jack Posobiec (110 000 followers), qui a passé sa journée dans un hôtel de la chaîne de Donald Trump, s’est également manifesté dimanche, visiblement très satisfait de susciter autant d’intérêt de la part des médias français. Militant pro-Trump, sympathisant de la droite la plus ultra, c’est l’homme dont le nom est désormais associé aux «MacronLeaks». Vendredi, son compte Twitter a été l’un des premiers à divulguer des documents piratés provenant de l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron.

A ce sujet: Les «MacronLeaks», ultime boule puante

ll a en fait diffusé un lien vers 4chan, un forum réunissant des sympathisants de Donald Trump et des membres de l’extrême droite. L’homme travaille à Washington pour le site The Rebel, qui divulgue souvent des informations non vérifiées et fausses, et a clairement affiché son soutien à Marine Le Pen.

Consulternotre dossier consacré à l’élection présidentielle française.

Un cocktail dans la Trump Tower pour lever des fonds

Le 3 mai, Jack Posobiec avait aussi été l’un de ceux qui ont relayé des rumeurs non fondées d’évasion fiscale à propos d’Emmanuel Macron, probablement dans le but de tenter d’influencer les résultats de l’élection présidentielle. Il a également diffusé une vidéo interpellant directement Emmanuel Macron, qui avait décidé d’intenter une action en justice.

De son côté, Rosine Ghawji, à la tête de différentes associations de soutien à Donald Trump, a, à plusieurs reprises, publiquement défendu Marine Le Pen, mais n’a jamais caché préférer son père, le fondateur du Front national. Américaine, elle a des racines françaises et pose sur son profil Twitter avec une arme. Très à droite, cette ancienne militante du Tea Party se définit elle-même comme «anti corruption et conservatrice», et a ses entrées dans l’entourage de Donald Trump, qu’elle dit connaître depuis des années.

Elle indique également avoir des contacts avec Marine Le Pen, qui s’était rendue pas plus tard qu’en janvier dans la Trump Tower de Manhattan, mais sans rencontrer le président américain. «Nous avons des amis communs aux Etats-Unis. Je la trouve courageuse», explique Rosine Ghawji au Temps. Parmi ces amis communs figure notamment un homme d’affaires italien, George «Guido» Lombardi, lié à la Ligue du Nord, qui vit dans la Trump Tower. Lors de la venue de Marine Le Pen, il avait organisé un cocktail dans la tour pour recueillir des fonds pour le FN.

«Triste journée pour la France»

Dimanche, Rosine Ghawji ne cachait pas sa déception. Pour elle, c’était une «triste journée pour la France», «mais il faut encore attendre les législatives et la nomination du premier ministre». Elle estime que Marine Le Pen a «manqué sa chance au débat» (le dernier contre Emmanuel Macron, mercredi dernier, ndlr) et «mené une campagne d’amateur avec une alliance trop tardive avec Nicolas Dupont-Aignan». Perdante, Marine Le Pen est soudainement moins intéressante pour les Américains qui la soutenaient.

A propos de la soirée électorale: Au Louvre, un appel solennel à la «France en colère»

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