Donald Trump a de nouveau menacé d’employer la force contre la Corée du Nord, affirmant que les options militaires «sont en place» et «prêtes à l’emploi». Cette réaction intervient en dépit des appels à la retenue de la Chine pour tenter de calmer une surenchère verbale sans précédent entre Washington et Pyongyang. La Russie s’est de son côté alarmée dans l’après-midi des risques de conflit selon elle «très élevés» entre les deux puissances.

«Les solutions militaires sont maintenant complètement en place, et prêtes à l’emploi, si la Corée du Nord se comporte imprudemment», a déclaré le président américain sur son compte Twitter. «J’espère que Kim Jong-un trouvera une autre voie!» a-t-il ajouté.

Plus tôt vendredi, la Chine avait tenté de faire retomber la fièvre. Pékin a enjoint aux Etats-Unis et à la Corée du Nord de «faire preuve de prudence» et a exhorté Pyongyang à éviter les «démonstrations de force». «Nous appelons toutes les parties à faire preuve de prudence dans leurs mots et leurs actions, et à agir davantage pour apaiser les tensions», a déclaré Geng Shuang, porte-parole du Ministère chinois des affaires étrangères.

Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov s’est quant à lui dit «très inquiet» des risques de conflit ouvert, qu’il juge «très élevés», suggérant qu’il revenait à Washington de faire un premier pas en vue d’une désescalade. «Il y a des menaces directes d’employer la force», a-t-il souligné lors d’une rencontre avec des jeunes retransmise à la télévision. La Russie «fera tout» pour qu’une confrontation entre les deux pays n’ait pas lieu, a-t-il assuré. Il a rappelé que Moscou et Pékin avaient proposé à plusieurs reprises, pour désamorcer la crise, un double «moratoire»: l’arrêt simultané des essais nucléaires et balistiques nord-coréens d’une part et celui des manœuvres militaires conjointes des Etats-Unis et de la Corée du Sud d’autre part.

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Le président américain a au contraire multiplié les déclarations bellicistes ces derniers jours. Jeudi, Donald Trump a défendu sa formule controversée promettant «le feu et la colère» à Pyongyang, estimant qu’elle n’était «peut-être pas assez dure». «Il est grand temps que quelqu’un parle haut et fort pour les habitants de notre pays et les habitants d’autres pays», a-t-il déclaré depuis son golf de Bedminster, dans le New Jersey, où il passe des vacances.

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Voix dissonantes

Interrogé sur d’éventuelles frappes préventives contre la Corée du Nord, Donald Trump est resté évasif et a affirmé que les Etats-Unis se préparent «à de nombreux scénarios différents». «Si la Corée du Nord fait quoi que ce soit, ne serait-ce qu’en songeant à attaquer des gens que nous aimons, ou nos alliés, ou nous-mêmes, ils devront vraiment s’inquiéter», avait-il ajouté.

Le secrétaire américain à la Défense Jim Mattis avait de son côté semblé jeudi plus prudent que l’hôte de la Maison-Blanche, insistant sur le fait que «l’effort américain est porté par la diplomatie» et mettant en garde contre le scénario «catastrophique» d’un conflit armé. Le Pentagone n’a pas commenté ces derniers rebondissements pour le moment.

La Corée du Nord avait réagi au changement de ton à Washington en menaçant de lancer une attaque contre l’île américaine de Guam, avant-poste stratégique des forces américaines dans le Pacifique. L’armée doit présenter au jeune dirigeant nord-coréen Kim Jong-un un plan d’offensive contre Guam d’ici à la mi-août, selon les militaires nord-coréens.

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Quatre missiles seront tirés simultanément, a expliqué l’armée. Les engins, passant au-dessus du Japon, «voleront 17 minutes et 45 secondes sur une distance de 3356,7 km, et s’écraseront en mer à 30 ou 40 km de Guam». Ils s’abîmeraient ainsi à l’extérieur des eaux territoriales américaines.

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Selon les analystes, des tirs vers Guam placeraient Washington dans une position délicate: s’il ne tente pas de les intercepter, sa crédibilité en prendrait un coup et Pyongyang se sentirait pousser des ailes pour mener un test de missile balistique intercontinental grandeur nature. Donald Trump estime que la Chine, principal partenaire économique de Pyongyang, doit «faire beaucoup plus» pour mettre la pression sur son turbulent voisin. «Cela ne va pas continuer comme ça», a-t-il tonné jeudi.

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La Chine a par ailleurs approuvé samedi à l’ONU une septième volée de sanctions économiques internationales contre la Corée du Nord, en réponse au tir par ce pays de missiles intercontinentaux. Ces sanctions étaient proposées par Washington. Cette montée des tensions entre les Etats-Unis et la Corée du Nord pèse sur les marchés financiers et inquiète de nombreux dirigeants mondiaux. «Je ne vois pas de solution militaire à ce conflit», a mis en garde vendredi la chancelière allemande Angela Merkel.