Que s’est-il vraiment passé lors du dîner chinois de mercredi dans la «Blue room» de la Maison-Blanche? Les leaders démocrates du Congrès, Nancy Pelosi et Chuck Schumer, se sont empressés d’affirmer être parvenus à un accord avec Donald Trump sur les «Dreamers», ces clandestins arrivés mineurs aux Etats-Unis qui bénéficiaient jusqu’ici d’une protection. Cette protection serait inscrite dans une loi en échange d’un plan de renforcement de la sécurité aux frontières, mais sans financement pour la construction d’un mur, promesse de campagne-phare du président américain. Ni une, ni deux, Donald Trump a réagi jeudi matin sur Twitter. Pour démentir l’information.

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Une base mécontente

«Aucun accord à propos de DACA n’a été scellé la nuit dernière. Il faudrait qu’une sécurité massive à la frontière soit acceptée en échange», écrit-il. Il ajoute que son mur entre les Etats-Unis et le Mexique sera bien construit. Ces contradictions et jeux de pression sont révélateurs de la situation difficile dans laquelle il se trouve pour faire avancer ses dossiers. Son principal défi est de parvenir à des compromis avec les démocrates sans perdre la face. Le pari est risqué car il heurte sa base, pas vraiment prête à le voir faire des concessions. C’est ce qui explique sa réaction de jeudi sur Twitter.

Des républicains avaient vivement réagi à l’annonce du «deal», outrés par la reculade du président, qui ne semble plus faire du mur en béton sa priorité. Du coup, Donald Trump a replacé le curseur côté républicains, tout en affirmant qu’un accord était proche. Dans un nouveau communiqué, Nancy Pelosi et Chuck Schumer ont confirmé jeudi qu’il n’y avait pas encore d’accord définitif. Ils précisent surtout que «bien que chaque camp ait accepté que le mur ne fasse pas partie de l’accord, le président a insisté qu’il continuerait à l’exiger ultérieurement, et nous avons répété que nous nous y opposerions.»

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Donald Trump, qui détricote l’héritage Obama maille après maille, avait annoncé le 5 septembre la fin de DACA, qui permettait à 800 000 clandestins arrivés mineurs d’être tolérés sur sol américain. Il avait longuement hésité, conscient de l’impopularité de la décision, puis trouvé la parade: supprimer le programme, tout en renvoyant la balle au Congrès, lui donnant six mois pour trouver une solution. Dans les faits, il veut se débarrasser d’un projet estampillé Obama, tout en cherchant à en conserver le contenu, sans heurter les républicains. Et c’est là où le bât blesse.

«Ils voudraient qu’on avance, et moi aussi»

Donald Trump n’en est pas à son premier coup d’essai. Il s’était déjà entretenu avec les leaders démocrates le 6 septembre, dans le Bureau ovale. Et déjà là, il avait surpris son monde et braqué les républicains les plus conservateurs. Le président a conclu un accord avec les démocrates, qui doit encore être soumis au vote du Congrès: il prévoit de relever le plafond de la dette jusqu’au 15 décembre, pour éviter un défaut de paiement. L’accord porte également sur le budget et englobe une aide d’urgence de 7,9 milliards de dollars pour le Texas après le passage de la tempête Harvey. But de la manœuvre: éviter de longues heures de palabres au Congrès.

«Ils voudraient qu’on avance, et moi aussi», a glissé Donald Trump à propos de Nancy Pelosi et de Chuck Schumer. Cet arrangement conclu avec les leaders démocrates ne plaît pas vraiment aux responsables républicains du Congrès, Mitch McConnell et Paul Ryan. Ce dernier trouve «ridicule et honteux de faire de la petite politique avec le plafond de la dette au moment où nous avons des concitoyens dans le besoin».

Un risque croissant de destitution

En tendant une nouvelle fois la main aux démocrates, Donald Trump fait preuve de pragmatisme, conscient de l’urgence de débloquer des dossiers qui s’enlisent. Les conservateurs du «Freedom Caucus» avaient déjà essuyé ses foudres pour avoir empêché l’abrogation et le remplacement de l’Obamacare. Avec DACA et le plafond de la dette, il creuse encore plus le fossé qui les sépare. Au risque que, désormais, des républicains exigent à leur tour sa destitution. C’est déjà le cas de la polémiste Ann Coulter, fâchée par ses zigzags et l’amnistie qu’il envisage pour les «Dreamers».

Mais le véritable test aura bien lieu lorsque le Congrès, en mains républicaines, devra voter sur le compromis. Ce n’est qu’à ce moment-là que Donald Trump pourra mesurer l’efficacité de sa stratégie.