Europe

2018, année de tous les dangers pour Angela Merkel

La chancelière allemande n’a toujours pas de partenaire de coalition. Pour 2018, elle promet aux Allemands un gouvernement stable. Mais la nouvelle année s’annonce périlleuse

Angela Merkel n’a pris que de courtes vacances, autour des fêtes de Noël. Depuis plusieurs jours déjà, la chancelière allemande est de retour à Berlin, où l’attendait la préparation de ses traditionnels vœux télévisés. L’exercice, pour cette treizième édition, était particulièrement ardu. Incapable de trouver un partenaire de coalition trois mois après le scrutin du 24 septembre, la chancelière expédie les affaires courantes à la tête du gouvernement sortant qu’elle a formé en 2009 avec les sociaux-démocrates (SPD).

Depuis septembre, l’Allemagne est plongée dans la pire crise politique qu’ait traversée le pays depuis l’avènement de la République en 1949. Il règne à Berlin une ambiance de fin de règne. «Le plus gros problème du «merkelisme» est désormais Angela Merkel», écrivait en décembre le magazine Der Spiegel, l’invitant à rendre son tablier. «Quand il est question de Merkel, il est presque tout le temps question de «fin», presque jamais de début, ni d’élan.»

Le quotidien conservateur Die Welt la qualifiait pour sa part de «femme d’hier». La semaine dernière, le sondage YouGov pour DPA était particulièrement négatif pour la chancelière. Selon YouGov, 47% des Allemands souhaitent qu’elle mette fin à ses fonctions avant la fin de son mandat. Seuls 36% des Allemands souhaitent la voir au pouvoir pour quatre ans encore.

Des promesses difficiles à tenir

Mêmes ondes négatives du côté de la classe politique. La jeune garde du Parti chrétien-démocrate d’Angela Merkel rue dans les brancards autour de Jens Spahn – un nom à retenir – qui semble promis à un brillant avenir au sein du parti et à qui on prête l’ambition de viser la Chancellerie. L’aile bavaroise de la CDU, la CSU, prépare un virage à droite à Munich, avec la probable arrivée du très conservateur Markus Söder à la tête du Land à l’issue des élections régionales de 2018.

Markus Söder, tout comme Jens Spahn, s’est surtout fait un nom en critiquant la politique d’accueil des migrants décrétée par Angela Merkel à la fin de l’été 2015. Quant à l’opposition, dominée par les populistes de l’AfD, elle ne fera aucun cadeau au futur gouvernement. Dans ce contexte, il est difficile à Angela Merkel de faire passer le message d’optimisme qu’elle a concocté pour ses vœux, en promettant aux Allemands «un gouvernement stable rapidement».

Rendez-vous le 7 janvier 2018

La stabilité du prochain gouvernement dépend en réalité de l’issue des discussions qu’elle s’apprête à entamer le 7 janvier avec les sociaux-démocrates de Martin Schulz, très réticents à prolonger l’alliance sortante. Le SPD sera tenté de négocier au prix fort sa participation au pouvoir, exigeant des concessions de la CDU-CSU sur la question du regroupement familial pour les réfugiés arrivés récemment dans le pays, sur des baisses d’impôts pour les classes moyennes, ou encore sur les questions sociales – notamment la flexibilité du temps de travail.

Revendications syndicales

La ministre du Travail sortante, Andrea Nahles, SPD, avait échoué à imposer la possibilité pour tous les travailleurs à temps partiel d’exiger de leur employeur un temps plein s’ils le souhaitent. Le sujet va de nouveau s’imposer dans les négociations en vue de former le prochain gouvernement. D’autant que le puissant syndicat de la métallurgie IG Metall a décidé de faire de la flexibilité du temps de travail au service des salariés sa principale revendication dans les négociations tarifaires qui viennent de débuter dans la branche.

Pression supplémentaire pour Angela Merkel, IG Metall a annoncé vouloir recourir à des grèves tournantes à partir du 8 janvier pour obtenir la semaine de 28 heures payée 35, pour une durée de deux ans, pour les salariés souhaitant réduire leur temps de travail pour des raisons personnelles (garde d’enfants, soins à des personnes âgées, formation continue, surmenage…). Avec la garantie de retrouver un temps plein au bout de ces deux années.

C’est donc un début d’année très difficile qui attend Angela Merkel. Le prochain gouvernement pourrait voir le jour autour de Pâques, selon les prévisions prudentes des observateurs.

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