Panorama

Efraim Zuroff est en colère, lorsqu’il pense à des hommes comme Gerhard Sommer. A 92 ans, Sommer vit sans doute toujours dans une maison de retraite de Hambourg. En Italie, l’ancien SS a été condamné par contumace à la prison à vie pour sa participation présumée au massacre de Sant’Anna di Stazzema qui a coûté la vie à des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais l’Allemagne n’extrade pas ses ressortissants.

Efraim Zuroff dirige le bureau israélien du Centre Simon-Wiesenthal et poursuit depuis des années les criminels de guerre nazis à travers le monde. Le centre lance aujourd’hui, pour la première fois en Allemagne et à son initiative, une campagne d’affichage promettant jusqu’à 25 000 euros à toute personne dont le témoignage permettra de mettre un ancien nazi sous les verrous. «Le temps presse, c’est pourquoi nous devons tout tenter», explique Efraim Zuroff.

L’affiche en noir et blanc, montrant les rails débouchant devant la porte du camp d’Auschwitz-Birkenau, présente l’«opération dernière chance». «Tard mais pas trop tard», titre l’affiche qui sera dès aujourd’hui posée à 2000 emplacements à Berlin, Hambourg et Cologne.

Cette campagne inhabituelle fait partie de l’opération «Last chance» initiée par le Centre Simon-Wiesenthal en 2011. Jusqu’à présent, l’opération a permis de recueillir 27 témoignages, dont seul un a débouché sur une enquête judiciaire finalement abandonnée faute de preuves.

Cette fois, le centre veut augmenter ses chances de réussite et promet 5000 euros en cas d’ouverture d’une enquête, 5000 en cas de condamnation, et 100 euros supplémentaires par jour passé en prison par un ancien nazi.

Pour Efraim Zuroff, les choses ont changé avec le cas Demjanjuk, l’ancien gardien du camp de Sobibor condamné en mai 2011 à cinq ans de prison par un tribunal de Munich. Le cas est exemplaire, même si Demjanjuk est finalement décédé en maison de retraite, avant la fin de la procédure d’appel. Jusqu’alors, la justice allemande n’avait jamais véritablement poursuivi les anciens gardiens des camps de la mort. Depuis Demjanjuk, de nouveaux procès semblent possibles. A Stuttgart, un ancien gardien d’Auschwitz pourrait être prochainement jugé. En Bavière, la justice enquête contre Johan B., soupçonné d’avoir travaillé à Auschwitz et Hans L., 93 ans, est en détention provisoire depuis mai dernier.

Selon le bureau central de recherche sur les crimes nazis de Ludwigsburg, 50 anciens gardiens d’Auschwitz vivraient en Allemagne.