Le 18 avril, des dizaines de milliers de personnes ont assisté, au stade national de la capitale Harare à la célébration du 30e anniversaire de l’indépendance du pays, présidée par Robert Mugabe, en présence d’une délégation du gouvernement chinois. Le stade, refait à neuf, était décoré de banderoles sur lesquelles on pouvait lire: «De 1980 à 2010, de la révolution à la consolidation», relate The Herald, le quotidien gouvernemental.

«Les dirigeants du gouvernement d’union (formé en février 2009 avec l’ancienne opposition, ndlr) vous exhortent à cesser tout acte de violence», a déclaré le président, âgé de 86 ans dont 30 au pouvoir. «Nous, Zimbabwéens, devons entretenir un climat de tolérance et traiter les autres avec dignité et respect, quels que soient leur âge, sexe, race, ethnie, appartenance religieuse ou politique», a-t-il dit lors de ce discours retransmis par la radio-télévision nationale.

Ces propos, tenus en présence du Premier ministre Morgan Tsvangirai, ennemi d’hier avec lequel le plus vieux président d’Afrique est contraint de partager le pouvoir, tranchent avec ses coutumières dénonciations enflammées. «Ce sont des déclarations très positives», a estimé le porte-parole du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) de Tsvangirai Nelson Chamisa. «Il reste maintenant à les mettre en œuvre.»

30 après, la crise

Le gouvernement d’union, formé sous la pression de l’Afrique australe pour mettre fin à la crise née de la défaite du régime aux élections générales de mars 2008, ne parvient pas à convaincre les investisseurs internationaux de revenir vers le pays en ruine. L’abandon de la monnaie nationale, vidée de toute substance par l’hyperinflation, a arrêté la chute libre de l’économie. Le pays se flatte d’une légère reprise de la croissance après des années de dépression. Mais les heurts au sein du gouvernement témoignent d’une instabilité persistante. Récemment, une loi contraignant les entreprises étrangères à vendre 51% de leur capital à des Zimbabwéens a ainsi été annoncée sans préavis, avant d’être retirée quelques semaines plus tard.

Faute de ressources dans une économie exsangue, l’ancienne Rhodésie du sud britannique a pourtant désespérément besoin d’injections financières massives. L’espérance de vie, qui avait grimpé à 61 ans dans la première décennie d’indépendance sous la direction du héros de la lutte Robert Mugabe, est aujourd’hui de 45 ans. L’ancien grenier à grain d’Afrique australe dépend de l’aide alimentaire.

Mugabe: du jeune résistant au vieux dictateur

Mugabe a été le fer de lance de la guérilla contre les Blancs du temps où la Rhodésie était britannique, mais ses détracteurs soulignent qu’il a, depuis, ruiné l’une des économies les plus prometteuses du continent. Les dix années de réconciliation raciale et de développement social qui avaient suivi la chute du régime ségrégationniste blanc d’Ian Smith, le 18 avril 1980, ont tourné au cauchemar à la fin des années 1990. Beaucoup datent le retournement de 1997, lorsque Mugabe cède devant des manifestations violentes de vétérans de la guerre d’indépendance, leur accordant une pension que l’Etat n’a pas les moyens de financer.

Parallèlement, l’opposition s’organise et le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) naît deux ans plus tard. Puis, en 2000, Mugabe perd un referendum. Espérant regagner leur soutien, il laisse les anciens combattants envahir les fermes commerciales, pour la plupart dirigées par des Blancs. Plus de 4’000 exploitants blancs quittent leurs terres. La chute du secteur agricole emportera toute l’économie.

Les Occidentaux condamnent celui qu’ils ont porté aux nues. En 2002, après des élections controversées, ils imposent des sanctions contre le cercle au pouvoir, qui achèveront d’enfermer Mugabe dans la paranoïa. Sa première réaction, après sa défaite aux élections de 2008, avait été de recourir à la violence contre le MDC victorieux.