Barack Obama va-t-il réussir à rassembler les Etats-Unis derrière lui? Ou finira-t-il seul? Le président a dévoilé mardi soir le nouvel ordre de marche américain en Afghanistan. Un chiffre: 30’000 soldats supplémentaires qui viendront «le plus rapidement possible» rejoindre les quelque 68’000 déjà engagés sur le terrain. Mais surtout, une date: c’est à partir de juillet 2011 que les forces américaines devraient commencer de transférer le pouvoir à l’armée et aux autorités afghanes. Après huit ans de guerre, un compte à rebours de dix-huit mois a commencé.

Devant un pays polarisé, et dont chacun même des camps politiques est fracturé sur la question de la poursuite de la guerre, Barack Obama courait le risque de mécontenter tout le monde. Il n’est pas sûr qu’il soit parvenu à contourner le danger.

Aux militaires, le président a concédé presque tout ce qu’ils demandaient en s’approchant des exigences du général Stanley McChrystal, le commandant des forces internationales en Afghanistan, de disposer de 40’000 hommes supplémentaires. Mais en revanche, Barack Obama retire sur le plan politique ce qu’il offre sur le plan militaire. La date de juillet 2011 n’est certes pas celle de la fin de la guerre d’Afghanistan. Mais elle est censée marquer «le début» d’un processus. Elle revêt, de la part du président américain, la forme d’un engagement vis-à-vis des Américains, des Afghans et du reste du monde, visant à démontrer que les Etats-Unis n’entendent pas «rester à jamais» en Afghanistan.

Malgré la présence de centaines de cadets de l’Académie militaire de West Point, alignés comme à la parade, le discours de Barack Obama n’avait rien de martial. Adoptant un ton pragmatique, presque terre à terre, le président a évité les formules cherchant à enflammer les passions nationales, comme n’hésitait jamais à le faire George Bush devant le même public de militaires. Barack Obama a même longuement mentionné les critiques de ses opposants, en venant à évoquer le parallèle avec le Vietnam. La présence d’une coalition regroupant 43 pays, l’absence d’une insurrection populaire anti-américaine et surtout le fait que l’Amérique a été attaquée «de manière brutale» depuis l’Afghanistan sont les éléments que le président a mis en avant pour rejeter cette comparaison.

Cet exercice d’équilibrisme présidentiel suffira-t-il à faire taire les critiques, face à une opinion publique qui glisse progressivement vers le rejet de la guerre? Même s’il coupe en partie l’herbe sous les pieds des républicains (qui sont en la matière alignés derrière l’avis des militaires), l’introduction d’une «date butoir» est perçue à droite comme l’expression d’une «faiblesse» coupable. Les Talibans et al-Qaïda, notaient les conservateurs dans leurs premières réactions, n’ont qu’à laisser passer la tempête pendant dix-huit mois. Après tout, ils ont déjà tenu tête à l’armée américaine durant huit ans. « La route de Bagdad leur sera ensuite ouverte », s’alarmait un commentateur sur la chaîne Fox News.

Dans le camp démocrate, les premières réactions étaient également contrastées. En dehors de certaines remarques sur la nécessité d’encourager le Pakistan à mener la guerre contre les Talibans de l’autre côté de la frontière, le président a en effet peiné à trouver les arguments qui justifient pleinement le renvoi de pareils renforts. Plus qu’à la nation américaine, Barack Obama semblait parfois s’adresser au président afghan Hamid Karzaï, a qui il a dirigé une mise en garde: « Ceci n’est pas un chèque en blanc », affirmait-il en ajoutant qu’il tiendrait le gouvernement afghan responsable de la corruption et du manque de progrès dans la construction d’une société civile.

Sachant toutefois que les préoccupations des Américains sont aujourd’hui surtout d’ordre économique, le président a reconnu que les Etats-Unis « ne peuvent pas ignorer le coût de la guerre. »« La seule nation que je veux construire, disait-il, c’est la nôtre. »