Non loin des côtes italiennes, le navire de sauvetage en mer Ocean Viking, affrété par l’organisation SOS Méditerranée, cherchait désespérément et depuis plusieurs jours un port où accoster. A son bord, 306 personnes de 17 nationalités différentes dont 84 mineurs vivent au son du vent violent, sous une pluie dense, et au rythme des vagues qui secouent le navire. Les appels de détresse se multipliaient mardi.

Parti à la fin du mois d’octobre de Sicile, l’équipage de l’Ocean Viking a procédé à quatre sauvetages en l’espace de quatre jours. Tous ont eu lieu dans les eaux internationales où des embarcations de fortune transportant des centaines de réfugiés menaçaient de chavirer.

Dix demandes

«Nous avons par la suite demandé à débarquer les passagers près de dix fois aux autorités maritimes compétentes, mais nous restions sans réponses», explique au Temps la Genevoise Claire Juchat, membre de l’équipage de SOS Méditerranée. Puis mardi en fin d’après-midi, la bonne nouvelle tombe: les passagers de l’Ocean Viking sont finalement autorisés à débarquer dans le port d’Augusta, sur la côte Est de la Sicile.

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Soulagement à bord, où les conditions devenaient critiques. «Depuis lundi, nous sommes pris dans une tempête, les vagues font près de deux mètres et les pluies sont intenses.» Le pont, où dort une partie des passagers, est lui «constamment mouillé», malgré les efforts de l’équipage pour le maintenir au sec.

Des conditions météo dantesques

Mardi, les autorités italiennes ont émis un avertissement de navigation, demandant aux bateaux d’éviter le sud de la Sicile à cause des conditions météorologiques. Cet emplacement, l’Ocean Viking, qui se trouve à environ 20 miles nautiques (37 kilomètres) des côtes, ne pouvait le quitter. «Naviguer vers le nord de l’île, le seul endroit abrité en ce moment, équivaut à une vingtaine d’heures de voyage, ce qui est quasi impossible avec autant de personnes à bord.»

Mais, plus inquiétant encore, les vivres étaient proches de manquer pour une partie des rescapés. «A un ou deux jours près, nous arrivions au bout des stocks de lait en poudre et de couches.» Neuf des 306 passagers ont moins de 5 ans. Mais l’épuisement commence aussi à se faire ressentir, «et des tensions montent à cause du manque d’espace». Certains souffrent d’ailleurs de brûlures dues au mélange d’eau de mer et de carburant.

Le calvaire devrait finalement prendre fin jeudi dans l’après-midi, le bateau est attendu à Augusta sur le coup de 15h. Mais le problème est récurrent et les pays rechignent toujours plus à accueillir le navire, qui bat pavillon norvégien. «Nous avons fait notre travail en secourant ces personnes, rappelle SOS Méditerranée. C’est maintenant aux Etats de faire leur part et de nous attribuer des lieux sûrs où débarquer les rescapés.»