Diplomatie

Le 31  octobre, une date butoir version Macron

Le président français a défendu avec succès, au Conseil européen d’avril 2019, la fixation d'une date butoir au 31 octobre pour le Brexit. Pour l’heure, pas question d’y renoncer

Macron l’intransigeant? Ou Macron le tacticien? Pour l’heure, le président français garde, vis-à-vis du Brexit et de la date butoir du 31  octobre fixée à sa demande au Royaume-Uni par le Conseil européen d’avril 2019, sa position de «gardien du temple» communautaire. Son prochain rendez-vous officiel bruxellois est le Conseil européen des 17 et 18  octobre.

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«Nos arguments n’ont pas changé, explique-t-on à l’Elysée: l’Union européenne ne peut pas indéfiniment conditionner son avenir au Brexit, et rien ne dit qu’un nouveau report éclaircira la donne à Londres.» Le 31  octobre est le dernier jour de la Commission sortante, présidée par le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker. Le lendemain, 1er  novembre, sa successeure Ursula von der Leyen entrera en fonction pour cinq ans – l’investiture du collège des commissaires, présenté ce mardi à Bruxelles, sera votée le 22  octobre à Strasbourg – en l’absence d’un commissaire britannique puisque le Royaume-Uni a renoncé à en nommer un, même provisoirement. «La seule condition acceptable d’un report serait d’obtenir du gouvernement et du parlement britannique un calendrier et un engagement politique fermes sur un texte», complète notre interlocuteur. Or l’un comme l’autre sont aujourd’hui irréalistes.»

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Un possible moratoire

Cette fermeté, en avril, a irrité Angela Merkel, inquiète des tensions susceptibles de résulter d’une date butoir que les Britanniques, vu leur chaos politique, seraient incapables de respecter. Les Pays-Bas et les Etats membres du nord de l’Europe, tous très exposés aux conséquences économiques d’un éventuel «no deal» poussaient aussi pour plus de souplesse. Depuis, la ministre française des Affaires européennes, Amélie de Montchalin, et l’émissaire personnel d’Emmanuel Macron, l’eurodéputé italien (élu en France sur la liste Renaissance) du groupe «Renew Europe» Sandro Gozzi, ont consulté. «L’Allemagne doit admettre qu’un report sans horizon serait paralysant, confirme un collaborateur ministériel. Et si l’on s’achemine vers un «no deal» mieux vaut qu’il se déroule maintenant, alors que nous avons tous préparé des mesures d’urgence.» 

Emmanuel Macron, lui, se garde d’apparaître comme un «dur». Le 23  août, juste avant le G7 de Biarritz, le président français a demandé à Boris Johnson, reçu à l’Elysée, de préciser des pistes «susceptibles» de justifier un nouveau délai. Autre réalité: l’organisation possible d’élections au Royaume-Uni qui, par définition, imposerait un nouveau calendrier. S’y ajoute une piste, murmurée côté français car guère prisée à Bruxelles: celle d’un possible «moratoire» sur le fameux «backstop» irlandais. L’accord négocié sur le Brexit pourrait alors être avalisé sans que ce point controversé n’entre immédiatement en vigueur. Emmanuel Macron a cette proposition sur son bureau. Mais en bon tacticien, il garde toutes ses cartes en main. 

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