La preuve est de nouveau faite, en France, de la prééminence brutale du pouvoir exécutif sur le parlement. En annonçant samedi en fin d'après-midi devant les députés sa décision de recourir à l'article 49.3 de la constitution – qui permet d'adopter en urgence un texte de loi sans vote par les députés, après une seule navette avec le Sénat – afin de faire adopter son projet de réforme du système de retraites, le premier ministre Edouard Philippe n'a pas seulement interrompu les débats en cours à l'Assemblée nationale depuis treize jours sur ce texte emblématique de la «transformation» de la France voulue par Emmanuel Macron. Il a surtout confirmé la volonté du camp présidentiel d'imposer cette réforme, contestée par une grande partie des syndicats et toujours impopulaire dans l'opinion selon les sondages (entre 60 et 65% des français  continuent de réclamer le retrait de ce texte), Et ce, alors que les élections municipales, à valeur de test, auront lieu les 15 et 22 mars.

Une volonté qui, dans les faits et en pleine crise du coronavirus, risque de relancer la bataille sociale puisque le financement de ce futur système de pensions, qui ne concernera que les travailleurs nés après 1975, est, jusqu'en avril, dans les mains des partenaires sociaux supposés accoucher de propositions. Or tous les syndicats, y compris la CFDT réformiste la plus engagée dans le dialogue avec le gouvernement, avaient par avance fait connaitre leur opposition à un passage en force au parlement.  Plus de 40 000 amendements au projet de loi, la plupart destinés à enliser les débats, avaient été déposés. Le débat «normal» de la loi puis son adoption étaient en plus compliqués par la fermeture prochaine de l'Assemblée nationale pour travaux et celle du Sénat en raison de son renouvellement partiel en septembre 2020. Le risque, sans le 49.3, était un report à 2021.