Une récente étude menée par le Berliner Global Public Policy Institute le révèle: 58% des jeunes Allemands de moins de 30 ans souhaitent que l’Allemagne assume davantage de responsabilités internationales. Ils sont aussi une majorité à plaider pour un engagement militaire de leur pays, si nécessaire, pour résoudre des conflits internationaux et rétablir la paix.

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Spécialiste de l’histoire militaire à l’Université de Potsdam, Sönke Neitzel n’est pas surpris: «Les jeunes Allemands, aujourd’hui, souhaitent que leur pays assume davantage de responsabilités internationales, notamment pour défendre le droit international et les droits humains. Ils se reconnaissent dans les valeurs défendues par l’Union européenne. Mais ce type d’attitude n’est pas toujours l’apanage des jeunes. Une partie de la gauche allemande était pour une intervention en Libye, en 2011, pour protéger les populations de Kadhafi dans une logique de responsabilité de protection.»

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Narratif manquant

L’historien ne voit toutefois pas nécessairement un tournant par rapport à une question qui demeure ultra-sensible. A l’image de la chancelière Angela Merkel, qui souhaite, avec une certaine retenue, que son pays joue un rôle accru sur la scène internationale, la population allemande au sens large demeure sceptique quant à un engagement militaire plus marqué à l’étranger. «Pour nombre d’Allemands, le poids de l’histoire est toujours perceptible», analyse Sönke Neitzel. Le professeur ajoute un autre élément alimentant la retenue allemande pour un engagement plus musclée de la Bundeswehr hors des frontières nationales: «La société allemande n’est pas a priori contre un tel engagement. Mais les politiciens en Allemagne n’ont jamais réussi à trouver le bon narratif pour le justifier. Ils n’ont jamais su expliquer pourquoi des soldats allemands se battaient en Afghanistan. Il ne suffisait pas de dire qu’on devait y aller parce que les Américains y menaient une guerre contre le terrorisme.»

Outre-Rhin, face à la complexité du monde, on se rend néanmoins compte que l’Allemagne, au vu de son poids économique et politique, ne peut se permettre de jouer le rôle d’une «grande Suisse». Après les génocides du Rwanda et de Srebrenica, un grand débat avait pris place au sein de la société allemande. «A Berlin, on se rend compte que certains conflits, comme en Syrie, impliquent certaines obligations, ce d’autant qu’ils peuvent avoir, comme on l’a vu à travers la crise migratoire de 2015, de graves conséquences sur l’Europe. Mais encore une fois, conclut Sönke Neitzel, il faut un argumentaire solide pour convaincre les Allemands.»