Balkans

Pourquoi 70% des Grecs s’opposent au changement de nom de la Macédoine

Le parlement hellène est appelé à entériner ce jeudi l’accord de Prespes, qui prévoit de renommer l’actuel voisin septentrional des Grecs en «République de Macédoine du Nord». Cette perspective, comme l’ont montré les récentes manifestations, n’est pas du goût de tous

L’accord sur le nouveau nom de la Macédoine, Etat officiellement appelé Ancienne République yougoslave de Macédoine, que le parlement grec est appelé à entériner ce jeudi, suscite souvent l’animosité et la crainte de l’opinion publique en Grèce. Beaucoup évoquent un «accord monstrueux» ou une «trahison» du gouvernement Tsipras.

Après avoir été ratifié par le parlement de Skopje il y a dix jours, l’accord gréco-macédonien du 17 juin 2018, qui rebaptise la petite république balkanique voisine en «République de Macédoine du Nord», doit encore être adopté par le parlement grec (la Vouli) pour entrer en vigueur.

Près de 70% des Grecs interrogés se sont prononcés contre l’accord, selon un dernier sondage, publié dimanche dans l’hebdomadaire Proto Thema. Le non a déplacé entre 60 000 et 100 000 personnes dimanche à Athènes, autour du slogan «la Macédoine est grecque» dans une marée bleu et blanc, aux couleurs du drapeau hellénique.

Le nom «Macédoine» «appartient au patrimoine grec»

«Notre histoire est une des rares choses qu’on nous ait laissées à nous les Grecs, a déclaré une manifestante, Angela Konstantopoulos, au journal Neos Kosmos. On nous a appauvris: les gens ont été expulsés de leurs maisons. Les impôts. Le problème d’immigration. Le moins que l’on puisse faire est de s’accrocher à notre histoire: la Macédoine est un mot grec inventé par les Grecs, pas par les Slaves.»

Pour la plupart des Grecs, le nom de Macédoine appartient au patrimoine historique grec et doit être réservé à la province du nord de la Grèce qui tire sa fierté des conquêtes d’Alexandre le Grand.

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En donnant le nom de Macédoine du Nord à la petite république balkanique, «l’accord dit de Prespes – et tout ce qu’il implique – est un affront, et même une attaque à l’identité historique grecque», estime Christos Mylonopoulos, professeur de droit à l’Université d’Athènes, dans le quotidien d’opposition Kathimerini.

Pour Vasileios Nikoltsios, le conservateur du musée de Thessalonique, capitale de la province du nord, «l’identité macédonienne est mon identité. C’est l’identité de mon grand-père. Skopje ne faisait même pas partie de la Macédoine antique.»

«Il est évident que l’imaginaire social radical grec (et son attachement profond permanent à l’Antiquité classique) affecte et façonne activement l’opinion publique contre le changement de nom», soulignent dans un article commun Charalambos Tsekeris et Nicolas Demertzis, experts du Centre national de recherche social d’Athènes.

La crainte d’éventuelles ambitions territoriales des Macédoniens

Sur les réseaux sociaux comme dans les médias, on lit la crainte que l’usage du même nom par Skopje ne cache des ambitions territoriales et des tentations d’annexion de la Macédoine grecque.

«La question de la Macédoine est bien plus qu’une histoire de nom. C’est plus une nation slave qui s’accapare notre histoire […] ils veulent notre terre sacrée et cet accord leur permet plus facilement de la revendiquer», estime Klaira sur Twitter. «C’est le projet mondial d’étendre ce petit pays albano-slave fantoche à la vraie Macédoine, en Grèce. L’OTAN leur permettra d’étendre leurs frontières à la mer Egée», tweete également Georgios.

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«Cette région a une histoire d’invasion qui reste ancrée dans la mémoire des Grecs», souligne Angelos Syrigos, professeur de droit international à l’Université de Panteion d’Athènes. «A trois reprises, la Grèce a été envahie au nom de cette question de Macédoine: en 1912, pendant la Seconde Guerre mondiale et pendant la guerre civile par les armées bulgares […] Les Grecs ne sont pas effrayés en soi par Skopje et ses ambitions irrédentistes, mais par les forces étrangères qui pourraient utiliser ce nouvel Etat pour asseoir leur pouvoir sur la région.»

Quelques contreparties

Pour Angelos Syrigos, «il y a eu un problème de communication de la part du gouvernement. Le texte de l’accord, imaginez-vous, n’a été publié que ce week-end dans les journaux. Tout le monde en parle mais sans avoir lu ce que contient cet accord.»

En réaction, le premier ministre Alexis Tsipras a publié un vidéoclip sur son compte Twitter et sa page Facebook pour rétablir «la vérité sur l’accord». Il tente de répondre aux principales craintes des Grecs sur le terme «Macédoine», qui «sans autre adjectif, reste associé à la région grecque» et sur l’accord qui prévoit notamment chez son voisin «le changement des noms des monuments faisant référence à la Macédoine grecque ou à Alexandre le Grand».


A lire dans nos blogs, deux posts de 2018 relatifs à cette question

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