Jeudi-Saint dernier, nous relate le journal Le Monde, devant le clergé réuni à la basilique Saint-Pierre, François a dénoncé les «prêtres onctueux, somptueux et présomptueux» qui au contraire devraient avoir la «pauvreté» pour compagne. Il n’en fallait pas plus au correspondant du quotidien français pour faire le lien avec l’affaire qui fait jaser ces jours au Vatican: le coup de colère du pape contre son camerlingue, le cardinal Tarcisio (quel prénom… on se croirait dans une tragicomédie de Corneille) Bertone. Celui-là même qu’on qualifiait de premier ministre de Benoît XVI et que le pape François a neutralisé en le nommant camerlingue.

C’est la Repubblica qui a lâché le morceau, le 20 avril: «Le pape François habite à Casa Santa Marta dans un deux-pièces de 70 m2. Le cardinal Tarcisio Bertone, depuis 6 mois ex-secrétaire d’Etat, inaugurera bientôt son appartement en attique du Palais San Carlo, dont la surface avoisine les 700 m2»… L’image fait choc. Le quotidien italien raconte alors avec un luxe d’adjectifs et de détails piquants comment «Bergoglio», comme il appelle aussi le pape, aurait été interpellé par le luxe tonitruant de la demeure et aurait réservé, dans son homélie du Jeudi-Saint, le passage cité plus haut: stigmatisé, porté en effigie, confondu donc ces prêtres – on le redit ici en italien pour le plaisir de la langue – «untuosi, sontuosi e presuntuosi che devono avere invece comme sorella la povertà». Confraternelle, La Repubblica glisse tout de même que l’auguste camerlingue partagera ses 700 m2 avec trois sœurs à son service. Mais peu charitable, néanmoins, le quotidien italien constate que le successeur de Tarcisio au poste de secrétaire d’Etat, le cardinal Pietro Parolin, s’est conformé, lui, aux injonctions papales de pauvreté et de sobriété: il vit comme lui dans un deux-pièces…

Depuis, et dans la presse du monde entier, ce sont les gorges chaudes. La Croix rappelle ainsi que «cette affaire survient après la démission, en mars, de Mgr Franz-Peter Tebartz-van Elst, évêque de Limbourg (Allemagne), pour son implication dans les importants dépassements budgétaires lors des travaux de construction de son centre diocésain, incluant sa luxueuse résidence pour un coût de 31 millions d’euros. Au début du mois, c’est l’archevêque d’Atlanta (sud-est des Etats-Unis), Mgr Wilton Gregory, qui avait dû présenter ses excuses après avoir fait construire une résidence de 2,2 millions de dollars (1,6 million d’euros) et qu’il a finalement décidé de quitter». Sur le site de Radio Notre-Dame, c’est la même antienne: «Cherchez l’erreur. Le pape François: 70 m2, deux-pièces, dans la résidence Saint-Marthe. Le cardinal Tarcisio Bertone: un futur appartement au Palais Saint-Charles, 700 m2. On imagine sans peine la «grosse colère» du souverain pontife devant cette future installation». Et le site de rappeler que «l’emménagement ne correspond pas avec la volonté du souverain pontife d’avoir «une Eglise des pauvres au service des pauvres». Cela ne colle pas non plus avec les récentes critiques émises à l’encontre de l’ancien proche conseiller de Benoît XVI, épinglé par VatiLeaks pour des erreurs de gestion, de favoritisme, sans que son honnêteté ne soit mise en cause au demeurant». Le tout accompagné d’une tonitruante photo de Tarcisio Bertone arborant les insignes somptueux et dorés de ses charges…

La très austère Frankfurter Allgemeine sort le fusil à pompe: «Kardinal bezieht Luxuswohnung im Vatikan.» Die Welt fait dans la métaphore digne de Playboy et parle d’une «goldenes Penthouse», à côté de laquelle la résidence d’un autre homme de Dieu, Tebartz-van Elst, lui aussi critiqué par le pape François, fait figure de «miquelette». Et Die Welt de se rouler avec délectation dans les ors et les soies du cardinal, épinglé impitoyablement pour son goût du luxe…

Même ironie, même perplexité dans El País, et son (goûtez le jeu de mots…) «El dorado retiro de Bertone». World Crunch en fait son chiffre du jour. Quant à Josephine McKenna, du Telegraph, elle s’étend sur le malaise ainsi créé.

Et l’on ne vous parle pas des réseaux sociaux, Twitter en tête, qui ne décolère ni ne cesse de ricaner depuis quelques jours à l’enseigne du hashtag #TarcisioBertone. La suite au prochain épisode comme on dit: lorsque le cardinal pendra la crémaillère…