700 morts de plus en Méditerranée

Italie Seuls 28 migrants ont pu être secourus par les garde-côtes

Cette tragédie serait la plus meurtrière recensée depuis plus d’une décennie

Des centaines de personnes ont péri ce week-end dans un nouveau naufrage en mer Méditerranée, à 60 milles des côtes libyennes. Vingt-huit survivants ont pu être secourus et 24 cadavres ont été repêchés dimanche. Combien étaient-ils au départ du continent africain? Les garde-côtes italiens n’avancent aucun chiffre. Les opérations de secours étaient toujours en cours dans la soirée.

D’après le témoignage des rescapés, quelque 700 migrants s’étaient serrés sur un bateau de fortune, vraisemblablement au départ de la Libye. A cause des difficultés de naviguer, l’embarcation a lancé un appel à l’aide reçu par les garde-côtes italiens samedi soir. Afin d’intervenir rapidement, ces derniers ont dérouté un navire marchand portugais. En le voyant approcher, les migrants se seraient précipités sur le même bord du bateau, le faisant chavirer.

Cette nouvelle tragédie porterait à plus de 1000 victimes le bilan de ces dix derniers jours, après un autre important naufrage il y a moins d’une semaine dans lequel sont mortes près de 400 personnes. D’après le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), plus de 1500 personnes auraient ainsi péri en mer depuis le début de l’année contre une cinquantaine en avril l’an dernier.

«Les garde-côtes italiens mettent des heures à arriver sur les lieux», déplore Carlotta Sami, porte-parole de l’UNHCR. Ils sont contraints de «dérouter des navires marchands». Ce n’est que dans un second temps qu’interviennent la marine militaire et la Garde des finances italiennes impliquées dans l’opération européenne Triton et appuyées par des forces maltaises.

Triton a débuté en novembre dernier, après l’arrêt de l’opération italienne Mare Nostrum, lancée un an plus tôt dans la foulée du premier naufrage d’ampleur, lorsque mouraient 366 migrants au large de l’île italienne de Lampedusa. Son successeur, géré par Frontex, l’agence de gestion des frontières européennes, est beaucoup critiqué. Contrairement à Mare Nostrum, il ne cherche pas à venir en aide aux embarcations en déroute, mais patrouille près des côtes.

Le premier ministre italien a balayé dimanche soir toute critique de ce dispositif. «Le drame s’est produit en présence d’un navire de secours», a souligné plusieurs fois Matteo Renzi. Avec ou sans opération, cela «ne change rien», a-t-il regretté, évoquant une nouvelle approche. Il a donc décidé de concentrer ses efforts sur la lutte contre le trafic d’êtres humains. Le chef du gouvernement s’est ainsi réjoui de l’arrestation en Italie de 976 trafiquants. Il a fait de «l’esclavage moderne» une question de «dignité» qu’il souhaite soumettre à ses homologues européens. Matteo Renzi a en effet réclamé un Conseil européen extraordinaire dans les plus brefs délais. Une réunion des ministres européens des Affaires étrangères a été convoquée lundi à Luxembourg.

Sur le court terme, ONG et associations réclament le retour de Mare Nostrum. Celle-ci encourageait les migrants à traverser la mer Méditerranée? Les chiffres sont en constante augmentation, répond Carlotta Sami, de l’UNHCR. «Ce drame était annoncé», renchérit le député démocrate Khalid Chaouki, fustigeant une Europe «cynique et indifférente». Membre des commissions parlementaires Politiques européennes et Affaires étrangères, il espère des résultats rapides des Nations unies en Libye, pays de transit, et une révision des Accords de Dublin, qui imposent au migrant de demander l’asile dans le pays d’arrivée. Mais l’élu italien n’attend rien de la visite jeudi à Rome du commissaire européen aux Migrations, Dimitris Avramopoulos, qu’il juge déjà trop «tardive».

En voyant le chalutier approcher, les migrants se seraient précipités sur le même bord du bateau, le faisant chavirer