Une nouvelle mutinerie a débuté mercredi soir dans l'une des prisons de Guayaquil, a annoncé le chef de la police, le général Patricio Carrillo. Il n'avait pas à ce moment d'indications sur d'éventuelles victimes, mais a évoqué sur Twitter «l'agressivité et l'irrationalité des groupes de délinquants».

Au moins 79 prisonniers sont morts dans des mutineries qui ont éclaté, mardi, dans trois prisons d’Equateur, dont 37 à Guayaquil, 34 à Cuenca et huit à Latacunga, selon le directeur du système pénitentiaire (SNAI), Edmundo Moncayo. D'autres détenus, ainsi que des policiers, ont été blessés mardi, mais leur nombre total n'a pas été précisé. Le parquet a indiqué que plus de 20 détenus et policiers avaient été blessés rien qu'à Guayaquil.

Le Défenseur du peuple a qualifié de «massacre sans précédent» ces mutineries, au cours desquelles des prisonniers ont aussi été blessés, selon les autorités. Cette entité publique de défense des droits humains a exprimé sa «préoccupation pour le manque de sécurité que vit le pays, lequel se reflète dans l’augmentation de la délinquance et de la violence à l’intérieur des centres carcéraux».

A l'extérieur de l'établissement de Guayaquil, une quarantaine de femmes désespérées tentaient d'obtenir des nouvelles de leurs proches détenus. Daniela Soria, 29 ans, dit avoir reçu un appel à l'aide de son mari Ricardo, condamné à trois ans de prison pour trafic de drogue. «Ils vont me tuer! Sors moi de là! Dis leur de me changer de pavillon», lance cet homme dans ce message qu'elle a fait écouter à un journaliste de l'Agence France-Presse (AFP). «Nous voulons la liste des morts. Nous savons que les problèmes persistent car tous ont un téléphone et mon époux ne m'appelle pas», déplore cette mère de famille.

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L'ordre rétabli à la tombée de la nuit

Le parquet a attribué les troubles à des «affrontements de bandes criminelles». De son côté, le président Lenin Moreno a dénoncé une action simultanée d'«organisations criminelles», assurant sur Twitter que les forces de l'ordre «agissent pour reprendre le contrôle des prisons».

Edmundo Moncayo a estimé que les émeutes du jour «sont un signal de résistance et de rejet de la part des détenus face aux actions de contrôle» telles qu'une perquisition effectuée la veille dans la prison de Guayaquil. Deux armes à feu, qui devaient servir à éliminer les chefs d'une bande, ont alors été saisies et leurs ennemis ont ordonné l'«assassinat de prisonniers d'autres centres», a-t-il ajouté.

A la tombée de la nuit, la police et les gardiens avaient réussi à rétablir l'ordre, a précisé à l'AFP une source du SNAI. L'armée a également été déployée aux abords des prisons.

Une cellule de crise a été mise en place par le gouvernement, par ailleurs confronté à la mobilisation de centaines d'indigènes, réclamant un nouveau décompte des voix de Yaku Perez, leur candidat à l'élection présidentielle écarté du second tour prévu le 11 avril et qui dénonce une fraude.

Des mutineries récurrentes

Selon le directeur du service pénitentiaire, les violences dans les prisons sont dues aux guerres de pouvoir entre gangs, financés par le trafic de drogue, et qui de là dirigent leurs opérations. Le SNAI a admis un manque de personnel de sécurité, qui «complique les actions de réponse immédiate» en cas de mutineries. 

En décembre 2020, des mutineries dans différentes prisons, également attribuées à des rivalités entre gangs, notamment de narcotrafiquants, avaient fait onze morts et sept blessés parmi les détenus. Un état d'exception avait pourtant été précédemment décrété dans les prisons du pays par le président Moreno, pour une durée de 90 jours achevée fin décembre. Il s'agissait de contrôler les «mafias» et réduire la violence, qui s'est soldée sur l'année par la mort de 51 détenus. Avant les événements de ce mardi, trois prisonniers étaient déjà décédés depuis janvier lors de troubles, selon la police.

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Afin de diminuer la surpopulation carcérale face à la pandémie du Covid-19, qui a sévèrement touché le pays, l'Equateur a également mis en oeuvre l'an dernier des mesures de substitution de peines pour les délits mineurs, faisant diminuer la surpopulation de 42% à 30%. Le système pénitentiaire équatorien compte désormais quelque 38 000 détenus pour une capacité de 29 000 places, avec seulement 1500 gardiens.