8 mars, 1h22: le vol MH370 ne répond plus

Aviation Le Boeing disparu fait l’objet de scénarios multiples

Entre mer de Chine et océan Indien, les fausses pistes n’ont pas cessé

Pulau Perak, après Tho Chu: alors que se poursuivent les recherches internationales menées par plus de 80 navires et avions d’une quinzaine de pays pour retrouver la trace du vol MH370, deux noms d’îlots tropicaux sont désormais indissociables du sort du Boeing 777 et de ses 227 passagers.

Le premier est, au large de l’île balnéaire de Langkawi, un rocher malaisien coiffé d’un manteau de jungle et surmonté d’un baraquement militaire abritant un relais de la station radar continentale de Butterworth. Le second désigne un ensemble de huit îles vietnamiennes peuplées d’environ 2000 personnes, au sud de la péninsule marécageuse de Camau, là où le Mékong s’écoule en mer de Chine.

Seul problème, et de taille: Pulau Perak et Tho Chu sont, littéralement, aux antipodes l’un de l’autre. Le premier, au-dessus duquel un appareil non identifié aurait été localisé par des radars militaires à 2h43, heure locale, samedi 8 mars, se trouve au nord-ouest des côtes de Malaisie, au seuil de la baie du Bengale, en ligne vers les très secrètes îles indiennes Andaman et Nicobar, et sur la route aérienne Asie du Sud-Est - Europe. Le groupe d’îles vietnamiennes, lui, se trouve pile sur l’itinéraire prévu du vol MH370 Kuala-Lumpur-Pékin. Deux points sur la carte pour deux théories: un crash aérien en mer de Chine méridionale, d’une part. Une disparition dans l’océan Indien à la suite d’une tentative de détournement et d’un vol «aveugle et muet» de deux à quatre heures, d’autre part…

Cette disparité géographique est le plus grand des mystères du MH370, dont l’itinéraire réel, à partir du moment où la station radar malaisienne de Subang perd sa trace à 1h22, fait toujours l’objet de multiples scénarios à l’heure d’écrire ces lignes. Mais elle n’est malheureusement que la clé de voûte d’un feuilleton insensé.

Qui, par exemple, peut expliquer de façon certaine pourquoi deux passagers présentés comme de jeunes ressortissants iraniens se trouvaient simultanément à bord, munis de faux passeports européens volés quelques mois plus tôt en Thaïlande à un Autrichien, Christian Kozel, et à un Italien, Luigi Maraldi? Le fait d’avoir retrouvé à Francfort, en Allemagne, la mère de l’un des Iraniens, nommé Pouria Noor Mohammad Merhdad, 19 ans, a permis à Interpol d’affirmer que la piste la plus probable était celle d’un réseau clandestin d’émigration via la Chine. Pourquoi les policiers malaisiens ont-ils alors, dans un premier temps, affirmé que les deux hommes étaient Noirs, les comparant au footballeur italien Mario Balotelli? Volonté d’embrouiller les pistes? Mauvais canular? Ils n’ont en tout cas toujours pas convaincu les enquêteurs du FBI dépêchés sur place d’arrêter leurs investigations antiterroristes. D’autant que trois Américains figurent parmi les victimes, aux côtés des 153 passagers chinois, 38 Malaisiens, 6 Australiens ou 4 Français…

Autre mystère, nourri encore par la désorganisation des autorités aériennes malaisiennes: celui des signaux radar. Le détroit de Malacca, riverain de la zone initiale présumée de disparition, est l’un des couloirs maritimes les plus fréquentés au monde, quadrillé par les radars des navires marchands et des marines de guerre, en raison des actes réguliers de piraterie contre les tankers remplis d’or noir à destination de la Chine, de la Corée du Sud ou du Japon. A preuve: le principal centre mondial de lutte contre la piraterie maritime, l’IMB, se trouve… à Kuala Lumpur.

Difficile, dès lors, de croire à la thèse d’une disparition totale des écrans, genre Triangle des Bermudes, sur laquelle les experts ont en plus rapidement apporté des bémols. Exemple: la perte officielle du signal radar, à 1h22 est, en réalité, fausse. L’appareil figurait encore, jusqu’à 1h30, dans le sillage d’un second radar de Lumpur Control. Huit minutes de différence, soit presque cent kilomètres parcourus à la vitesse de croisière de 872 km/heure…

Les amateurs de James Bond ou les nostalgiques des aventures de Tintin dans Vol 714 pour Sydney ont déjà, à ce stade, assez d’éléments pour imaginer le détournement aérien du siècle. Fantasme? Pas si sûr. Impossible, par exemple, de ne pas s’interroger sur l’absence, depuis le 8 mars, de tout signal en provenance de la fameuse boîte noire de l’appareil, conçue pour émettre durant au moins trente jours, et capable de se maintenir en activité pendant un mois et demi dans les mers chaudes, selon les experts. Certes, la boîte noire du vol AF447 Rio-Paris, disparu le 31 mai 2009 au large du Brésil, n’a été retrouvée que deux ans plus tard, au printemps 2011, grâce à un robot sous-marin. Mais les parages de la mer de Chine sont depuis huit jours bien plus quadrillés, et l’armada de navires dépêchés est aujourd’hui bien plus nombreuse, dotée d’une légion de sonars sous-marins.

Autre élément propice aux scénarios les plus fous: les fameux «transpondeurs» qui relient les avions entre eux et aux stations radar chargées de les suivre à la trace. Evoquée officiellement, leur possible désactivation – puis l’éventuelle plongée en rase-mottes de l’appareil pour déjouer la surveillance – suppose à la fois une très fine connaissance technique d’éventuels pirates, et nourrit l’hypothèse d’une complicité dans le cockpit, où les pilotes sont entraînés pour activer immédiatement des codes d’alerte en cas de danger. «Si désactivation il y a, c’est un détournement de très haut vol, une opération de type militaire», jugeait vendredi un expert américain présent au QG des recherches à Sepang, près de Kuala Lumpur.

Reste l’ultime mystère: celui des indices physiques, débris ou traces de fuel, que les navires de recherche risque d’avoir encore plus de mal à retrouver ces jours-ci, alors qu’un brouillard de pollution en provenance d’Indonésie recouvre la région. Depuis le 8 mars, toutes les observations se sont soldées par des démentis. Les traînées de carburant découvertes dès le 9 par la marine vietnamienne? Elles ne contenaient pas de kérosène. Les «trois débris» signalés en mer par un satellite chinois le 12 mars? «Une erreur.» Le canot de sauvetage repêché le même jour par des pécheurs malaisiens près de Port Dickson, une localité côtière située sur le détroit de Malacca? Silence officiel depuis. Quand à l’«explosion» en plein ciel entendue par des habitants de ces rivages dans la nuit fatale du 8, la presse américaine estime «impossible» qu’elle soit passée au travers des satellites de surveillance du Pentagone et de leurs capteurs de chaleur.

Pas étonnant, dès lors, que les internautes du monde entier, mis à contribution pour examiner photos satellites et données aériennes, commencent à propager d’autres scénarios, encore plus fous. Comme celui d’une élimination du Boeing malaisien par le tir de missile d’un chasseur d’une nationalité inconnue, horrible remake de la disparition du vol KL007 de Korean Airlines, descendu en plein vol par un appareil soviétique le 1er septembre 1983 au-dessus de l’île de Sakhaline. Ou celui d’un incroyable détournement réussi vers l’Inde ou le Pakistan. Avec, en toile de fond, l’hypothétique projet d’une attaque aérienne contre une métropole asiatique…

La présence de nombreux Chinois à bord, la proximité avec les attentats commis le 2 mars à Kunming par des terroristes ouïgours armés de sabres, mais aussi l’existence en plein océan Indien de la très mystérieuse station aéronavale américaine de Diego Garcia – cible potentielle de choix pour un avion-suicide – alimentent logiquement ce type de spéculations. Jusqu’à ce que, dans la nuit tropicale de ces parages proches de l’équateur, surgisse enfin l’élément probant, capable peut-être de dénouer l’écheveau et d’élucider cette tragédie par la plus banale des explications: celle d’une perte de contrôle due à une défaillance humaine ou technique. Voire les deux à la fois.

Difficile, dès lors, de croire à la thèse d’une disparition totale des écrans, genre Triangle des Bermudes

La boîte noire du vol Rio-Paris, disparu le 31 mai 2009 au large du Brésil, n’a été retrouvée qu’en 2011