Le gouvernement français n'aura pas résisté longtemps au poids des images des boat people kurdes regroupés depuis samedi dans un camp militaire de Fréjus, classé «zone d'attente» par un arrêté préfectoral (Le Temps du 20 février). De fait, les naufragés de l'East Sea, débarqués en France, ne se trouvaient administrativement pas en territoire français.

Une subtilité juridique qui laissait entrevoir le maintien de ces 910 réfugiés pendant vingt jours à l'intérieur du camp militaire du 21e RIMA. Cette situation devenait de plus en plus difficile à gérer pour les pouvoirs publics, un peu surpris par l'élan de solidarité et l'émotion soulevée par le calvaire de ces premiers boat-people jamais échoués en France. De plus, les associations humanitaires comme le MRAP, la Cimade, relayées par des avocats et les associations kurdes, commençaient à s'inquiéter de la procédure exceptionnelle et compliquée appliquée aux 910 réfugiés. Le gouvernement a entendu. Hier en fin d'après-midi, rebondissement: dans un communiqué, le Ministère de l'intérieur annonçait sa décision de délivrer un sauf-conduit aux Kurdes irakiens échoués samedi dernier à Saint- Raphaël. Autrement dit, dès hier soir, la majorité des personnes regroupées au camp de Fréjus – les Kurdes irakiens seraient environ 900 sur les 910 réfugiés – devait pouvoir circuler librement. Et donc de quitter le camp où leur situation, parqués derrière des grillages, commençait à être un peu difficile.

Le sauf-conduit délivré par le Ministère de l'intérieur est valable huit jours pendant lesquels les réfugiés pourront s'installer là ou ils le souhaitent, mais aussi en profiter pour déposer une demande officielle d'asile politique en préfecture. Ils peuvent aussi, en profiter pour… quitter le territoire national. Le ministère a pris sa décision, officiellement «après un examen des comptes rendus d'audition des personnes arrivées à bord de l'East Sea et sollicitant l'asile».

D'après ces comptes rendus, on constate que «la très grande majorité des demandes formulées ne sont pas apparues manifestement infondées au sens des dispositions en vigueur», précise le communiqué du Ministère de l'intérieur. Les récits recueillis par les journalistes, via des interprètes, recoupent donc les déclarations faites aux fonctionnaires de la Police des frontières qui ont auditionné depuis samedi l'ensemble des réfugiés. Ceux-ci ont confirmé, arguments à l'appui, qu'ils n'étaient pas des «migrants économiques» à la recherche d'un emploi, mais qu'ils avaient fui leur pays en raison des persécutions dont ils sont victimes.