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La stèle de Prads-Haute-Bléone, dans les Alpes-de-haute-Provence, en mémoire des disparus du vol A320 de la Germanwings
© BORIS HORVAT

Revue de presse

A320 de la Germanwings: des cérémonies entre solennité et sordide

Un an qu’un crash ôtait la vie à 149 personnes dans les Alpes-de-Haute-Provence. Les commémorations redisent la douleur des proches. Et mettent aussi en lumière petits calculs et jalousie

Un an après, les familles sont attendues; les familles se recueillent; les familles se sont recueillies: c’est une parfaite dramaturgie de la commémoration qu’a commencé à scander hier la presse du monde entier, mais plus particulièrement d’Espagne, d’Allemagne et de France, les cérémonies organisées à l’occasion du premier anniversaire du crash, dans les massifs montagneux des Alpes-de-Haute-Provence, d’un A320 de Germanwings.

«La commémoration doit débuter par la lecture des prénoms des 149 victimes devant la stèle de pierre érigée peu après le drame, puis une minute de silence sera observée à 10h41, l’heure exacte du crash», nous apprend l’Agence France Presse, reprise en boucle par de nombreux médias, comme BFMTV. «Suivront des allocutions des proches ainsi que des chants et des lectures avant un moment de recueillement et un dépôt de gerbe au cimetière du village, où des restes humains non identifiés ont été inhumés dans une tombe commune.»

Et enfin: «Pour respecter l’intimité des familles, une tente blanche a été dressée autour de la stèle et une autre autour de la tombe commune. Les corps identifiés avaient été rendus aux familles des victimes de 19 nationalités, l’Allemagne et l’Espagne ayant été les plus touchées avec respectivement 72 et 50 victimes – l’appareil devait relier Barcelone à Düsseldorf.»

Solennité et émotion

Voilà pour le rendez-vous officiel. Pour la solennité. Pour l’émotion qui vient ainsi frapper à heure et jour fixe, afin de ne pas oublier. D’honorer. De sacrifier un instant du temps présent à se souvenir du temps déjà si éloigné dans le passé. Sauf, sans doute, pour les proches. 

Dans une époque marquée par l’instantanéité et où une catastrophe chasse implacablement l’autre dans le contingent d’attention que chacun alloue à de tels événements, ces rituels sont devenus des marqueurs incontournables, dont aucun média ne peut plus faire l’économie. En témoigne le long pèlerinage, par exemple, de la Bild Zeitung sur les lieux de la tragédie, et ses photos qui claquent comme un chemin de croix. Tandis que, dans un tout autre genre, le site web des Ruhr Nachrichten, titre son texte commémoratif: «Un an après le crash. Le deuil reste insupportable».

À nouveau, le village compte moins d’âmes – 123 au dernier recensement – que de képis et de journalistes

Au-delà de telles solennités, il y a cependant, mais il faut bien chercher dans le paysage médiatique, le réel, têtu, toujours moins cérémonieux, et sordide parfois.

«L'événement a éprouvé la communauté»

L’Alsace, qui a dépêché un journaliste sur les lieux du drame, nous en donne un aperçu. Le reporter a promené ses oreilles et son carnet de notes dans les stations de ski avoisinant le drame: «Le 24 mars 2015, un avion de la compagnie allemande Germanwings se crashait dans les Alpes-de-Haute-Provence. Bien malgré elles, Le Vernet, Prads-Haute-Bléone et Seyne-les-Alpes devenaient pour quelques jours le centre du monde. Une épreuve qui a ébranlé la population. Réveil en douleur. Un an après le crash de la Germanwings, Le Vernet a retrouvé son calme. Les rues sont désertes, l’hiver s’achève, Grand Puy la petite station de ski a refermé une saison à oublier. Mais voilà qu’aujourd’hui, tout recommence. Pour se souvenir de leurs morts, plus de 600 proches sont accueillis. À nouveau, le village compte moins d’âmes – 123 au dernier recensement – que de képis et de journalistes.»

Suit une description du traumatisme des habitants, qui ne demandaient pas que la notoriété prenne un véhicule aussi macabre et tragique pour disséminer de par le monde la renommée de leur région. «On ne peut pas ne pas y penser», déclare une habitante. Tandis qu’une autre renchérit en s’indignant: «Un bel endroit comme ça pour se suicider?»

Et le journaliste de constater avec sobriété: «L’événement a éprouvé la communauté. Ravivé le souvenir de morts accidentelles. Cela a fait ressortir plein de choses: des jalousies, de la rancune. "Certains ont tiré la couverture à eux", regrette Jean-Jacques Grosos, patron du Café du moulin et adjoint au maire du Vernet. Face aux rumeurs de vente de terrains "aux Allemands", d’aménagements indécents, une pétition a mis en garde contre toute "marchandisation" du site. 2015 a été trop dure pour les gérants de L’inattendu, le gîte du Vernet devant lequel a été édifiée la stèle. Ils ont jeté l’éponge. Même les médailles ont fini par agacer.»

«C'est le bazar, Lufthansa ne nous a jamais consulté»

20 minutes France, de son côté, insiste sur toutes les mesures prises afin qu’au Vernet, «la douleur des proches», comme l’on dit, reste dans l’intimité: «L’Inattendu, le gîte du village, a été privatisé par la Lufthansa, maison mère de la Germanwings.» Tandis que «jeudi, le site sera interdit aux médias, insiste Joëlle Balique, l’épouse du maire du Vernet, François Balique. Le survol en drones des lieux est également interdit.»

20 minutes enfonce le clou: «A L’Inattendu aussi, c’est toute une organisation à prévoir. "C’est le bazar, annonce directement Stéphane, le propriétaire. On a découvert les tentes au fur et à mesure et la Lufthansa ne nous a jamais consultés, déplore-t-il. Même si ces gens sont en deuil, je ne m’attendais à ce que mon établissement soit sous cloche. L’année prochaine, je refuse leur contrat, je ne bouclerai plus l’établissement pour la Lufthansa"».

Solennité cérémonielle d’un côté, prosaïsme à la limite du sordide de l’autre, élan compassionnel et calcul intéressé, douleur inconsolable et voyeurisme compulsif: à chacun de ces instants où une tragédie se rappelle à notre souvenir, c’est l’humanité tout entière dans ses contradictions souvent insupportables qui ressurgit.

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