C’est l’un des visages les plus connus et les plus redoutés de l’Etat islamique (EI). Traits fins, longue barbe noire et regard perçant, Abdelhamid Abaaoud, Belge de 28 ans, est vraisemblablement le commanditaire opérationnel des attaques perpétrées à Paris et à Saint-Denis, vendredi soir.

A l’instar du Français Salim Benghalem, geôlier des quatre journalistes français retenus en otage de juin 2013 à avril 2014, Abaaoud a, depuis sa première arrivée en Syrie début 2013, gravi plusieurs échelons hiérarchiques au sein de l’organisation terroriste. A tel point que cette dernière lui aurait peu à peu délégué la charge de former des combattants francophones en vue de commettre des attentats sur le sol européen.

Depuis plusieurs mois, les services spécialisés croisent régulièrement son nom lorsqu’ils enquêtent sur les filières djihadistes les plus actives en Belgique et en France. Cette fois-ci, plusieurs sources policières confirment qu’Abaaoud entretient un réel degré de proximité avec Salah Abdeslam, 26 ans, l’un des assaillants présumés des attaques de Paris, actuellement en fuite et ciblé par un mandat d’arrêt international. Les deux hommes ont été incarcérés ensemble en 2010 en Belgique pour des affaires de braquage.

Lire aussi: «Salah Abdeslam, ennemi public numéro un»

Le 11 août dernier, le nom d’Abdelhamid Abaaoud a également été soufflé à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) par Reda H., un Français parti en Syrie mais interpellé à son retour dans l’Hexagone via Prague. En garde à vue, ce dernier a révélé avoir reçu près de Raqqa, la base syrienne du «califat», un entraînement de six jours pour commettre des attentats en France. Entraînement à l’issue duquel des identifiants de connexion et 2000 euros lui ont été délivrés par Abaaoud.

«Frapper une salle de concert pour faire un maximum de victimes.»

Selon Reda H., les injonctions du bourreau belge sont alors très claires: «Frapper une salle de concert pour faire un maximum de victimes.» Des propos d’une violence extrême, qui n’étonnent nullement les services secrets français.

Dans les sphères djihadistes, Abaaoud, de son nom de guerre Abou Omar al-Soussi, est en effet célèbre pour son apparition dans une vidéo abjecte tournée près d’Azaz, au nord-ouest d’Alep. Sur les images, diffusées en mars 2014, on le voit au volant d’un pick-up tractant des corps d’«apostats», des soldats du régime syrien, avec un large sourire.

Un policier antiterroriste ayant une vue globale sur les procédures affirme qu’Abaaoud connaît également très bien Mehdi Nemmouche, le Roubaisien auteur de la tuerie du Musée juif de Bruxelles le 24 mai 2014. En Syrie, les deux hommes auraient combattu au sein du même groupe. A son retour en Europe, Nemmouche s’est brièvement installé dans la commune belge de Molenbeek, base arrière des attaques de Paris, et fief d’Abdelhamid Abaaoud.

A lui seul, le parcours d’Abdelhamid Abaaoud est un véritable camouflet pour les services de renseignement belges.

Enfin, les services spécialisés étudient actuellement des liens possibles entre le Belge et deux djihadistes ayant récemment fait parlé d’eux en France. Le premier, Sid Ahmed Ghlam, est un étudiant algérien de 24 ans, interpellé le 19 avril dans le XIIIe arrondissement de Paris. Il est suspecté d’avoir projeté des attaques contre des églises de Villejuif (Val-de-Marne), et d’avoir assassiné Aurélie Châtelain, une professeur de fitness.

Lire aussi: «Voilà 20 ans que la Belgique est un centre logistique des islamistes»

Le second, Ayoub El-Khazzani, est un djihadiste né à Tétouan au Maroc. Il a séjourné en Belgique quelques jours avant de commettre, le 21 août, une attaque dans le Thalys reliant Amsterdam et Paris. Sans l’intervention de militaires américains présents dans les wagons, Ayoub El-Khazzani aurait pu perpétrer un carnage.

A lui seul, le parcours d’Abdelhamid Abaaoud est un véritable camouflet pour les services de renseignement belges. L’homme, à la dangerosité avérée, a réussi à effectuer un aller-retour entre la Syrie et la Belgique au début de l’année 2015. Son rôle était semble-t-il de coordonner l’attaque d’une cellule djihadiste le 16 janvier, soit quelques jours après les tueries de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher. Mais deux des membres de cette cellule ont été abattus à Verviers par la police belge, faisant capoter l’opération.
A l’époque, le contenu de son téléphone avait révélé qu’Abaaoud envisageait de louer des véhicules spacieux. Sur un statut Facebook, il se qualifie alors de «touriste terroriste». Dans Dabiq, le magazine de l’Etat islamique, il s’est également moqué de l’incurie de la police belge.