Vous avez bien lu: des islamistes arabes ont été élus à la Knesset. Liste arabe unie, un parti connu en Israël sous l’acronyme Raam, a en effet obtenu quatre sièges au parlement. Car oui, un mouvement politique issu des Frères musulmans existe bel et bien en Israël, Etat juif et démocratique.

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La présence de l’islam politique dans l’Etat hébreu date des années 1970. Une partie des Arabes israéliens, 21% de la société, sont séduits par le panarabisme des Frères musulmans et inspirés peut-être aussi par le mariage entre religion et Etat entamé par le sionisme religieux post-guerre des Six-Jours. Ils veulent réislamiser la société arabe par un vaste réseau de fondations caritatives. Mais la question du rapport à Israël divise et, en 1996, le mouvement se sépare en deux. Radicale, la branche du nord est dirigée par le clerc Raed Salah, désormais en prison pour incitation au terrorisme. Celle du sud, conciliante envers Israël, concentre davantage son action sur les enjeux socioéconomiques que sur le conflit israélo-palestinien.

Conservatisme sociétal

Le dentiste de Galilée qui pourrait sceller le destin du premier ministre est le produit de cet islamisme. Mansour Abbas, auteur de la Charte du Mouvement islamique, délivrait des sermons à la mosquée à 17 ans à peine. En 2007, il est devenu secrétaire général de la Liste arabe unie. L’homme a décidé juste avant ces quatrièmes élections législatives de quitter ses alliés arabes et de la gauche israélienne considérés comme trop libéraux.

Le conservatisme sociétal, voici ce qui lui permet de se tracer un chemin dans la politique israélienne. «Qu’ai-je en commun avec la gauche? Sur les questions religieuses, je suis à droite», affirmait récemment Mansour Abbas. Il trouvera à qui parler au vu de la composition du parlement, qui compte d’ailleurs moins de femmes encore que le précédent.

La deuxième clé du mystère islamiste en Israël, c’est le pragmatisme politique. Le politicien défend le travail engagé avec les partis sionistes pour permettre l’amélioration des conditions de vie et la préservation des traditions. Une approche similaire à celle des partis ultra-orthodoxes qui n’accordent pas non plus de valeur particulière à l’Etat. «Cela fait des années que tous ces hommes réactionnaires travaillent ensemble. Le résultat de ces élections ne fait que mettre au jour leur collaboration», relève l’activiste féministe arabe israélienne Samah Salaime.

Le grand écart

Le voici aujourd’hui en potentiel «faiseur de roi» par un jeu de chaises musicales étonnant. Rappelons qu’il faut 61 sièges sur 120 pour former une coalition. Le bloc de droite de Netanyahou n’en remporte que 52. Parmi ceux qui ne le soutiennent pas, deux partis pourraient éventuellement se laisser tenter par une alliance: Yamina, la formation de Naftali Bennett très apprécié des colons de la droite religieuse, qui a gagné sept sièges. Et cette fameuse Liste arabe unie, qui en a obtenu quatre.

A condition que le septuagénaire Netanyahou réussisse un grand écart extraordinaire. Il lui faudrait convaincre les Arabes israéliens, trois ans après avoir orchestré l’inscription de la loi sur l’Etat-nation qui en faisait des citoyens de seconde catégorie en réaffirmant les privilèges des Juifs en Israël. Mais surtout, il devrait réunir deux extrêmes. La Liste arabe unie reproche à l’extrême droite entrée aussi au parlement de vouloir expulser les Arabes et démolir Al-Aqsa, et cette dernière les qualifie de «partisans du terrorisme qui nient l’existence de l’Etat d’Israël en tant qu’Etat juif». Bref, il faudrait un miracle à «Bibi» pour offrir dans ce contexte un gouvernement efficace à ses compatriotes fatigués.


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