Abdel Fattah al-Sissi a recueilli 23,780 millions de suffrages (sur quelque 54 millions d’électeurs inscrits) contre 757.511 pour son unique rival, le leader de la gauche Hamdeen Sabbahi, selon la commission qui a fait état d’un taux de participation de 47,45%.

C’est ainsi près d’un électeur inscrit sur deux qui a voté pour lui lors du scrutin des 26, 27 et 28 mai. Un décompte non officiel l’avait jusqu’alors donné vainqueur avec 93,3% des suffrages.

Dans un discours télévisé après l’annonce de sa victoire, le maréchal Sissi, qui a pris sa retraite de l’armée pour pouvoir se présenter à la présidentielle, a appelé les Egyptiens à œuvrer pour restaurer «la liberté» et la «justice sociale».

Le roi Abdallah d’Arabie saoudite, dont le pays est l’un des principaux soutiens d’Abdel Fattah al-Sissi, a été le premier chef d’Etat étranger à saluer la victoire «historique» de l’ex chef de l’armée, et proposé la tenue d’une conférence des donateurs pour aider l’économie de ce pays, très affectée par trois années d’instabilité politique.

Le roi du Maroc Mohammed VI a également adressé un message à Mohamed Sissi pour exprimer ses «vœux les plus sincères de plein succès».

Le gouvernement intérimaire installé par Abdel Fattah al-Sissi avait pris soin d’éliminer de la scène politique le principal mouvement d’opposition, la confrérie islamiste des Frères musulmans, interdite et déclarée «organisation terroriste», qui boycottait l’élection.

Abdel Fattah al-Sissi a recueilli quelque 10,5 millions de voix de plus que Mohamed Morsi en juillet 2012, dans un scrutin qui avait enregistré une participation légèrement supérieure, mais où tous les partis avaient pu participer.

Mohamed Morsi était le premier chef de l’Etat élu démocratiquement en Egypte. Mais le 3 juillet 2013, après que des millions d’Egyptiens eurent manifesté pour réclamer son départ, le général Sissi le destituait et le faisait arrêter.

Policiers et soldats s’étaient ensuite lancés dans une implacable répression de ses partisans, notamment ses Frères musulmans, qui avaient remporté toutes les élections depuis la chute de Hosni Moubarak à l’issue d’une révolte populaire début 2011.

Depuis un an, plus de 1400 manifestants pro-Sissi ont été tués, plus de 15.000 Frères musulmans ont été emprisonnés, dont la quasi-totalité de leurs leaders, qui encourent, à l’instar de Mohamed Morsi, la peine de mort dans divers procès. Et des centaines d’islamistes ont été condamnés à mort dans des procès de masse expédiés en quelques minutes.

Guerre contre le terrorisme

Pour justifier la répression, le gouvernement a invoqué la «guerre contre le terrorisme», alors que des dizaines d’attentats ont visé les forces de l’ordre depuis l’éviction de Mohamed Morsi.

Plus de 500 policiers et soldats ont ainsi été tués selon le gouvernement, la plupart de ces attaques ayant été revendiquées par des groupes d’insurgés jihadistes disant s’inspirer d’Al-Qaida.

Abdel Fattah al-Sissi n’a pas eu besoin de battre la campagne tant il jouit d’un véritable culte de la personnalité depuis son coup de force contre les islamistes.

Une large frange de l’opinion publique, aiguillonnée par des médias publics comme privés devenus les grands promoteurs de la Sissi-mania, était excédée au bout d’un an de pouvoir par un président qui tentait d’accaparer tous les pouvoirs au profit des Frères musulmans et d’islamiser à marche forcée la société.

A l’énoncé de son score digne de ceux recueillis par les plus fameux autocrates, la quasi-totalité des journalistes égyptiens réunis à la commission électorale ont hurlé de joie.

Et sur l’emblématique place Tahrir, au cœur du Caire où les jeunes avaient manifesté début 2011 pour mettre fin à 30 ans de règne absolu de Moubarak, des milliers de supporteurs agitaient des drapeaux de l’Egypte, chantaient et dansaient aussi à la gloire de leur «héros».

Les quelques dizaines d’observateurs étrangers venus assister au scrutin ont jugé que l’élection n’avait pas été marquée par des fraudes mais ont émis quelques réserves sur son caractère «équitable» en l’absence de facto de toute opposition crédible.

En revanche, les ONG internationales des droits de l’Homme, qui dénoncent les «massacres» de manifestants pro-Morsi, les emprisonnements massifs et les procès iniques, avaient d’emblée estimé que cette élection était «une farce». Beaucoup estiment d’ores et déjà que le pouvoir de Sissi est encore plus autoritaire que celui de Moubarak.