Algérie

Abdelmajid Tebboune aux Algériens: «Je vous ai compris»

Le président à peine élu «tend la main» aux manifestants. Mais la méfiance des Algériens à son égard est immense

Les Algériens ont connu des lendemains d’élections plus tranquilles. «Nous n’avons pas voté», scandaient vendredi des milliers de manifestants sur la rue Didouche Mourad, l’une des grandes artères d’Alger. «Tebboune n’est pas notre président», enchaînaient d’autres, dans le flot de protestataires qui s’étirait à perte de vue. Abdelmadjid Tebboune, 74 ans, va devenir officiellement le nouveau président algérien, au terme d’une élection censée mettre fin à la crise politique qui a accompagné le départ  forcé d’Abdelaziz Bouteflika, en février dernier.

Mais la légitimité de Tebboune, cet ancien fidèle du président déchu, reste encore à être conquise.Un taux de participation qui, selon la commission électorale, a frôlé les 40%, et une majorité suffisante pour rendre un second tour superflu. Ces résultats contrastent avec les témoignages qui ont montré les bureaux de vote déserts, avec les images évoquant les Algériens qui défilaient dans la rue le jour même des élections, avec d’autres images encore, montrant des files éparses de quelques électeurs disciplinés, tous de jeunes hommes du même âge, tournant le dos aux caméras, et que l’on jurerait tout droit débarqués de l’école militaire, ayant eu à peine le temps de revêtir des habits civils.

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Taux de participation le plus bas de l’histoire algérienne

Une participation de 40%, c’est le taux le plus bas de l’histoire de la démocratie algérienne. Un seuil au-dessous duquel le pouvoir algérien aurait sans doute jugé avoir définitivement perdu la face mais qui, dans la rue, ne semble donc pas convaincre grand monde. Analyste au journal El Khabar, Mohamed Allal note l’ironie: «D’ordinaire, après un scrutin, les gens avaient coutume de rentrer tranquillement à la maison, tandis que les dirigeants des partis se plaignaient à qui mieux mieux, estimant ne pas avoir reçu une part suffisante du gâteau, plaisante-t-il.

Or aujourd’hui, c’est juste l’exact contraire.»
Une population méfiante et en colère; des partis politiques invisibles, comme si chacun retenait son souffle: Abdelmadjid Tebboune aura fort à faire pour tenter de convaincre que son élection n’est pas une entourloupe supplémentaire du «système» honni par les centaines de milliers de manifestants qui, depuis 43 semaines, réclament sa fin. «Je tends ma main au hirak (le mouvement de contestation) pour un dialogue afin de bâtir une Algérie nouvelle», assurait le nouveau président, son élection à peine confirmée.

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Ouvrir le débat 
avec le «hirak»

«Abdelmadjid Tebboune devra très rapidement présenter des mesures de confiance aux Algériens. Il lui faudra prendre des décisions courageuses et ouvrir un réel débat avec le hirak s’il veut être entendu», poursuit Mohamed Allal. Au fil des manifestations, le mouvement de contestation a été progressivement décapité, et quelque 400 personnes, dont plusieurs leaders du mouvement, ont été emprisonnées. L’un d’eux, Karim Tabbou, détenu en isolement, a entamé cette semaine une grève de la faim. Au-delà du sort de ces détenus, il s’agirait aussi, pour les plus optimistes, d’organiser rapidement une conférence nationale qui permettrait de mettre les désaccords sur la table et d’entamer progressivement des réformes.

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Sur un point, au moins, à peu près tout le monde est d’accord : alors qu’il est pratiquement paralysé depuis des mois, le pays a vu sa situation économique se dégrader de manière inquiétante. Ses réserves de change fondent comme neige au soleil, et l’Algérie commencera bientôt à avoir toutes les peines du monde à poursuivre ses importations de biens, ce qui pourrait rendre bien plus radical le mouvement de contestation.

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