Océanie

Abdul Aziz Muhamat, la voix des maudits de Manus

Le Soudanais a reçu à Genève le Prix Ennals. Du Darfour à la Papouasie, un parcours d'exception

Il faut remonter la généalogie. Parler de la grand-mère qui, dans les champs asséchés, entassait des bottes de paille impossibles à transporter par un bambin comme lui. «Vas-y, essaie encore, ne renonce jamais», le grondait-elle. Parler aussi de la mère qui, prétextant un manque de médicaments, l’envoyait en ville en pleine nuit, à une heure de marche, sur le chemin où l’attendaient hyènes, chacals et serpents. Elle le félicitait: «Je t’ai mis à l’épreuve, et tu m’as convaincue.»

Parler encore du père, chef tribal chez les Zaghawa, qui l’emmenait avec lui dans ses longues séances de palabres, lorsqu’il s’agissait de décider à qui appartenait ce bout de terrain, ou si cette chèvre avait bien le droit de paître à cet endroit. «Je veux que tu sois droit, que tu deviennes un exemple pour le monde», lui enseignait-il.