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Dans les couloirs du siège new-yorkais de l’ONU.
© EDUARDO MUNOZ ALVAREZ/Getty Images

Violence

Des abus sexuels à l'ONU

L'Organisation des Nations unies n'est pas épargnée par les cas d'abus et de harcèlement sexuels. Les agences dénombrent plusieurs affaires récentes et promettent de renforcer les mécanismes internes pour lutter contre ce fléau

Le 6 février 2015, Megan Nobert, humanitaire et spécialiste des questions de genre, a été droguée et violée par un employé d’une organisation mandatée par l'Unicef à Bentiu, au Soudan du Sud. Ce samedi soir, la jeune femme dîne avec ses collègues et se rend au bar de la base des Nations unies, espace dédié aux travailleurs humanitaires sur le campement où elle réside. Puis elle se réveille au milieu de la nuit dans son lit, couverte de vomi, nue et seule. Approximativement six heures se sont écoulées entre son dernier souvenir et le réveil. Elle a aussitôt compris que «quelque chose de mal s’était passé».

«Délaissée par ses pairs»

A la suite de son viol, Megan Nobert raconte qu’elle ne s’est «sentie d’aucune manière soutenue» par son employeur, une organisation non gouvernementale (ONG). Loin de ses proches et délaissée par ses pairs, elle a cherché seule une assistance médicale, afin de prévenir tout risque de contracter une maladie sexuellement transmissible. Elle s’est également efforcée de contacter les plus hauts représentants de l’Unicef à New York afin qu’une enquête soit menée.

Au premier abord, ces cadres ont été interpelés par la gravité de la situation. Mais après avoir appris que l’agresseur faisait partie d’une organisation tierce, ils se sont distanciés. De son côté, l’Unicef affirme qu'elle a pris le cas de Megan «très au sérieux» et que les allégations ont été portées à l’attention du Bureau des services d’évaluation et de l’audit de l’ONU. Ce dernier a envoyé une évaluation au Département d’assistance sur le terrain. Aucun élément de réponse supplémentaire n’a été fourni de la part de l’agence.

Le cas de Megan Nobert met en évidence la vulnérabilité des travailleurs humanitaires, particulièrement de sexe féminin, et l’impunité des crimes sexuels. En 2015, l'employée a d’ailleurs créé l’ONG Report the Abuse afin de créer une plateforme permettant aux humanitaires de parler des agressions sexuelles subies. Bien que l’ONG ait cessé ses activités en août 2017 faute de fonds, divers documents recensent témoignages et statistiques. Un rapport publié en 2016 révèle que dans 56% des cas d’agressions sexuelles, l’auteur est un collègue et que «66% des personnes interrogées ont confié avoir été personnellement victime d’un tel acte». 

Davantage de plaintes

En début d'année, The Guardian a écrit trois articles sur la violence sexuelle à l’ONU. Le dernier, en date du 25 janvier, relate l’ouverture de deux enquêtes, l’une sur Mick Lorentzen et l’autre sur Luiz Loures, pour harcèlement sexuel. Le journal britannique rapporte que Mick Lorentzen, directeur du bureau afghan du Programme alimentaire mondial des Nations unies, a été suspendu de ses fonctions. Dans le cas de Luiz Loures, directeur exécutif adjoint de la branche Programme de l’ONUSIDA, une investigation a été menée en collaboration avec l’Organisation mondiale de la santé. Le 31 janvier, l’ONUSIDA a publié un communiqué indiquant que suite à la plainte, le rapport «a conclu que [celle-ci] n’était pas justifiée et a recommandé [son] rejet».

En novembre 2017, le porte-parole du secrétaire général, Stéphane Dujarric, a annoncé qu’entre juillet et septembre ont été signalés 31 cas présumés d’exploitation et d’abus sexuels commis par des fonctionnaires de l’ONU à l’encontre des populations bénéficiant de leur travail. Certains faits datent d’avant 2017. Porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) à Genève, Cécile Pouilly affirme que l’agence a reçu 64 plaintes en 2017, alors qu’en 2016 elle en avait recensé 26. La porte-parole justifie cette forte augmentation par la confiance accordée par les populations locales au processus d’investigation et à la prise de sanctions.

Des formations obligatoires 

Cécile Pouilly a également signalé deux cas confirmés de harcèlement sexuel au sein du HCR en 2017, des affaires qui se sont soldées par le licenciement des personnes responsables. De plus, selon Alessandra Vellucci, directrice du Service d’information des Nations unies à Genève (UNOG), il y a eu deux cas, en 2013 et en 2015, de harcèlement sexuel dénoncés, dont un a débouché sur des poursuites disciplinaires. Dans l'autre, les allégations n’ont pas pu être prouvées. 

Alessandra Vellucci l’admet: «Aux Nations unies, nous ne sommes pas naïfs, nous savons qu’il peut y avoir du harcèlement sexuel chez nous. Mais il faut l’éviter au maximum.» Les agences de l’ONU, conscientes de ces problèmes, cherchent à améliorer leurs politiques de prévention et de protection. Dans le cas du HCR, Cécile Pouilly mentionne l’existence de formations obligatoires sur le harcèlement sexuel afin de «lutter contre ce fléau». Elle insiste également sur l’importance de rapporter tous les cas de harcèlement au travail et sur l’engagement du HCR à les prendre «très au sérieux».

Méfiance vis-à-vis du système

Cependant, d’après Megan Nobert, de nombreuses victimes n’osent pas dénoncer leurs agresseurs par crainte de représailles telles que la perte d’emploi. La peur d’être stigmatisées, l’absence d’un espace où parler anonymement et les longues procédures découragent aussi les victimes à porter plainte. Prisca Chaoui, représentante du personnel à l’UNOG, signale que le «personnel n’a pas confiance dans le système mis en place pour les défendre». Elle met également en lumière le manque de professionnalisme dans la manière dont les enquêtes sur le harcèlement sexuel sont généralement menées aux Nations unies. 

Pressé de modifier la gestion des cas de violences sexuelles, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a annoncé dès le début de son mandat le renforcement de la politique de tolérance zéro afin de protéger les victimes. Il défend au sein des agences onusiennes la responsabilité collective comme politique transversale. De plus, afin de promouvoir la parité des genres, il a jugé essentiel de composer la moitié de son cabinet de femmes.

Dossier
Harcèlement et agression sexuels, la loi du silence

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