«Saint Père, le peuple de Dieu est avec vous et ne se laissera pas détourner de sa voie par les ragots sans importance du moment, par les épreuves qui frappent parfois la communauté des fidèles», a déclaré Mgr Angelo Sodano en s’adressant au souverain pontife.

Ancien secrétaire d’Etat et proche collaborateur de Jean Paul II, Mgr Sodano a salué en Benoît XVI un roc inébranlable sur lequel l’Eglise s’appuie fermement. «L’Eglise est avec vous», a-t-il dit au pape, sous les acclamations des milliers de fidèles massés sur la place Saint-Pierre.

C’est, a priori, la première fois dans l’histoire récente que le rituel presque immuable de la messe de Pâques est modifié de façon à permettre à quelqu’un de s’adresser au pape. Cette entorse au protocle dénote à quel point le Vatican est sur la défensive devant les accusations dont il fait l’objet depuis plusieurs semaines.

Aucune allusion

L’air las et fatigué, Benoît XVI n’a fait aucune allusion lors de sa bénédiction pascale à la vague de scandales qui déferlent sur l’Eglise, accusée de dissimulations, et semblent viser le pape lui-même, qui était cardinal en Allemagne au moment où des cas d’abus sexuels ont eu lieu dans ce pays.

Depuis le balcon de la basilique, le souverain pontife a évoqué dimanche la crise «profonde» que vit la planète. Le chef de l’Eglise catholique a affirmé que l’humanité a «besoin» d’une «conversion spirituelle et morale» et de «changements profonds, à commencer par celui de la conscience».

Dans un message prononcé en 65 langues, deux de plus que l’an dernier (islandais et kazakh), il a appelé à la paix au Moyen-Orient, notamment en Terre Sainte et en Irak, ainsi qu’en Afrique, particulièrement en République démocratique du Congo, en Guinée et au Nigeria.

«Campagne de dénigrement»

Dans son intervention, Mgr Sodano a mentionné les 400’000 prêtres qui «exercent généreusement leur ministère» dans les écoles, hôpitaux et missions à travers le monde, sous-entendant que seule une minorité d’ecclésiastiques se sont rendus coupables d’actes pédophiles sur de jeunes enfants.

«Les victimes sont en quête de consolation et de guérison. Elles ne doivent pas être insultées. Notre parole ne doit pas être présentée comme des ragots sans importance», a réagi Barbara Blaine, représentante du Réseau des survivants des abus des prêtres (SNAP), une organisation américaine. «Le pape a dit que la vérité devait être exposée au grand jour. Ils ne peuvent pas y échapper», a-t-elle déclaré à Reuters.

Ebranlé par la cascade de révélations sur les cas d’abus sexuels que ce soit en Allemagne, en Irlande ou aux Etats-Unis, le Vatican s’en prend à la «campagne de dénigrement» des médias, une nouvelle fois épinglée samedi par son organe de presse, l’»Osservatore Romano».

Excuses publics

Ajoutant à l’embarras de Benoît XVI, le prédicateur du Vatican, qui avait indirectement dressé vendredi un parallèle entre les accusations portées contre le pape et l’Eglise dans les scandales de pédophilie et l’antisémitisme, a présenté ses excuses dans un journal italien dimanche. «Si j’ai contre ma volonté heurté la sensibilité des juifs et des victimes de la pédophilie, je le regrette sincèrement et je m’en excuse en réaffirmant ma solidarité avec les uns et les autres», a dit le père Raniero Cantalamessa au plus important quotidien de la péninsule, le «Corriere della Sera».

Pendant la liturgie de la Passion du Christ, le père Cantalamessa avait lu devant le pape un passage d’une lettre de «soutien» au pape et à l’Eglise catholique qu’il disait avoir reçue d’un «ami juif». «L’utilisation du stéréotype, le passage de la responsabilité et de la faute personnelles à la faute collective me rappellent les aspects les plus honteux de l’antisémitisme», disait son auteur.

Ce rapprochement entre l’antisémitisme et la période très difficile traversée par l’Eglise catholique en Europe et aux Etats-Unis avec une cascade de révélations de cas de pédophilie avait provoqué l’indignation des associations de victimes et des communautés juives dont certains responsables ont réclamé des excuses du pape Benoît XVI. Le Vatican a admis le caractère inapproprié d’une telle analogie, affirmant que cette comparaison n’est en aucun cas la position du Saint-Siège.