Une lueur d’espoir. Après trois ans de dialogue de sourds entre républicains et démocrates, le Congrès sort enfin de ses inquiétants blocages.

Un accord budgétaire a été trouvé mardi soir, écartant la perspective d’une nouvelle fermeture partielle de l’administration américaine (government shutdown) similaire à celle qui a paralysé Washington en octobre dernier. La solution proposée permettra de financer le gouvernement fédéral jusqu’à la fin septembre 2015. Son principal impact consiste à réduire les effets dévastateurs du séquestre, ce mécanisme de coupes budgétaires automatiques que démocrates et républicains ont été incapables de prévenir en 2011, faute de s’entendre. Le Congrès est prêt à supprimer pour 63 milliards de dollars de coupes budgétaires. Le Pentagone, fortement touché, devrait en bénéficier et voir son budget augmenter de 2 milliards de dollars. La Chambre des représentants est censée entériner l’accord ce jeudi avant de partir en vacances, et le Sénat la semaine prochaine.

Les auteurs de cette percée bipartisane qu’on ne croyait plus possible, tant la scène politique américaine est polarisée, sont le républicain Paul Ryan, président de la Commission du budget de la Chambre des représentants, et son homologue démocrate, du Sénat Patty Murray. Tous deux, pourtant réputés pour défendre sans concession les prises de position de leur parti, ont négocié pendant plusieurs semaines.

L’accord constitue une rupture avec la guerre partisane de ces derniers mois. Mais il est loin d’être révolutionnaire. Il a été possible car les démocrates n’ont pas eu besoin de toucher aux programmes sociaux. Les républicains n’ont pas dû accepter une augmentation des impôts. Mais il ne règle pas les problèmes de fond qui pourraient saper à terme l’assise de l’Etat fédéral: Social Security (retraites) et Medicare (assurance maladie étatique pour les plus de 65 ans) ainsi qu’un code fiscal illisible et arbitraire.

Si l’épée de Damoclès suspendue au-dessus de l’Etat américain – le plafond de la dette – reste menaçante et pourrait provoquer une nouvelle crise au printemps 2014, l’accord Ryan-Murray a néanmoins le mérite de prévoir une réduction des déficits de 23 milliards de dollars grâce à une extension d’une partie du séquestre jusqu’en 2023. L’augmentation des dépenses de 45 milliards de dollars sera notamment financée par une hausse des taxes sécuritaires aéroportuaires dans les billets d’avion et par des réductions des retraites fédérales.

Barack Obama a vite saisi l’importance de l’accord et l’a salué en se félicitant de constater que démocrates et républicains étaient capables de «rompre le cycle de décisions à court terme et de crises» permanentes. Le président américain a encore fortement besoin du Congrès pour concrétiser l’un de ses objectifs de son second mandat, une réforme globale de l’immigration. Quant aux républicains, le compromis leur laisse toujours la possibilité de focaliser leur attention sur Obamacare, la réforme de la santé du président démocrate qu’ils souhaitent abroger.

Pour Paul Ryan, l’enjeu de l’accord est majeur. Ex-colistier du candidat présidentiel Mitt Romney, il a encore des ambitions pour 2016. Jusqu’ici, ce conservateur a présenté des budgets si austères que les démocrates ont toujours refusé d’entrer en matière. Aujourd’hui, il se présente en républicain plus modéré, prouvant sa «responsabilité budgétaire». Le pari est risqué. Heritage Action, le bras politique de la Heritage Foundation, un groupe de réflexion conservateur de Washington, ainsi que l’American for Prosperity, l’organisation des frères milliardaires Koch, ont déjà fustigé l’accord. Le sénateur Marco Rubio, qui pourrait être un rival de Paul Ryan dans la course à l’investiture républicaine en 2016, le rejette également: «Ce budget perpétue l’irresponsabilité budgétaire de Washington.»

Pour le républicain Paul Ryan, l’accord est une manière de se profiler pour la présidentielle 2016