Les négociations climatiques ont l’habitude de jouer les prolongations. La conférence de Durban a battu tous les records cette année en s’achevant dimanche à l’aube avec 36 heures de retard sur l’horaire. Au terme de deux semaines d’âpres discussions, elle s’est conclue à l’arraché sur un accord minimal, qui a pour principal intérêt de confirmer la réorientation de la lutte contre le réchauffement et son vecteur attitré, les gaz à effet de serre.

Le Protocole de Kyoto

L’Union européenne, la Suisse, la Norvège, l’Australie et la Nouvelle-Zélande se sont engagées à confirmer la prolongation du Protocole de Kyoto lors de la prochaine conférence sur le climat – une réunion qui se tiendra dans un an… au Qatar, pays pétrolier s’il en est. La seconde phase d’engagement de ce traité commençant début 2013, ils le feront ainsi au tout dernier moment. Et, après le désistement de la Russie, du Japon et du Canada, ils ne représenteront plus guère que 15% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Il n’empêche: le maintien en vie du seul accord international obligeant des pays industrialisés à réduire leurs émissions répond à un souhait majeur des pays en développement, qui sont les plus menacés par le réchauffement et pèsent d’un poids certain, étant donné leur nombre, dans les enceintes onusiennes.

Certains problèmes restent inchangés, tel celui de l’«air chaud», ces énormes quotas d’émission que la Russie et les ex-pays d’Europe de l’Est ont reçus lors de la négociation du Protocole de Kyoto en 1997. Ces «permis», qui représentent 10 milliards de tonnes de CO2, soit l’équivalent de dix années de réduction d’émissions de l’Union européenne, devaient-ils être renouvelés? Les avis divergeaient. Le statu quo a finalement prévalu, Moscou ayant bloqué à Durban une «solution de compromis» présentée par la Belgique.

Vers un accord global

Les pays industrialisés qui se sont contraints à des réductions d’émissions dans le cadre du Protocole de Kyoto ont menacé de ne pas renouveler le traité si les autres gros émetteurs (Chine, Etats-Unis, Inde, Brésil, Afrique du Sud) ne consentaient pas à des efforts supplémentaires. Ils ont obtenu à Durban la promesse de discussions sérieuses sur ce point: tous les pays participant aux négociations (soit pratiquement tous les pays du monde) ont accepté pour la première fois de négocier, d’ici à 2015, un accord international contraignant, censé entrer en vigueur à partir de 2020. Le résultat à en attendre est très flou. Tout reste à définir: la lettre comme le statut du document.

Déficit d’ambition

L’accord de Durban reconnaît un «déficit d’ambition». Il admet que les promesses de réduction ne seront pas suffisantes pour limiter la hausse de température en dessous de 2°C, le maximum acceptable selon la conférence de Copenhague en 2009. Si la communauté internationale ne se limite pas davantage, une hausse de 3,5°C pourrait bien avoir lieu d’ici à la fin du siècle. L’Union européenne et la Suisse sont mises sous pression pour faire passer leurs efforts de réduction de 20 à 30% des émissions de CO2 d’ici à 2020.

«Les négociateurs ont oublié que l’on ne négocie pas avec les lois physiques qui gouvernent le climat, dénonce Jean-Pascal van Ypersele, vice-président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), L’urgence n’a toujours pas été reconnue dans les faits.»

La conférence de Durban n’en a pas moins marqué des points sur ce chapitre en renforçant le mécanisme de vérification des limitations d’émissions: à partir de 2014, les pays devront remettre des rapports plus fréquemment, soit sur un rythme bisannuel.

Le financement

Le fonctionnement du «Fonds vert pour le climat» (chargé de payer des projets d’atténuation et d’adaptation dans les pays en développement) a été précisé. Son siège, que se disputent Genève, Washington et Bonn, devrait être rapidement mis en place. Mais on n’en sait pas plus sur le financement de cette institution, censée recevoir 100 milliards de dollars par an à partir de 2020. Crise financière oblige, les pays riches ne sont pas d’humeur, en ce moment, à distribuer de l’argent.

Aucun financement non plus n’a été débloqué pour la protection des forêts et son mécanisme «Redd», alors que le déboisement est responsable de 20% des émissions de CO2. On en reste à la phase pilote. Le débat se poursuit sur la part qui reviendrait aux fonds publics, aux fonds privés et aux mécanismes du marché.