Syrie

Accord de paix russo-américain: nouvel essai manqué

Le texte avait déjà été envoyé à l’opposition. Mais de nouveaux désaccords retardent une fois encore l’initiative sur la Syrie

C’est au moins la troisième fois qu’un accord imminent entre Américains et Russes est annoncé sur la Syrie. La quête des deux puissances est passée par Moscou, par l’Asie du sud-est, par Genève, mais elle ne semblait jamais aussi proche que ce week-end, en marge de la rencontre du G20 qui se tient à Hangzhou (est de la Chine).

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Au point que l’existence de cet accord avait déjà été communiqué à l’opposition syrienne et que, sur place, les pupitres avaient été placés en vue d’une conférence de presse commune, avant que les organisateurs de la réunion n’en retirent un (le russe) précipitamment. Partie remise, une fois de plus. La faute, à nouveau, à des «complexités techniques», a assuré de manière diplomatique le secrétaire d’État américain John Kerry qui venait de passer deux bonnes heures à en débattre avec son alter ego russe Sergueï Lavrov. «Les Russes ont reculé sur des points où nous pensions pourtant nous être mis d’accord», a toutefois précisé, sous couvert d’anonymat, un haut responsable américain.

Un plan afin de collaborer

Ce plan, qui répond à une initiative américaine, vise non seulement à réduire les combats et à permettre le passage de l’aide humanitaire, mais aussi à ouvrir l’espace politique qui permettrait la reprise des discussions de Genève sur la Syrie. Le projet repose sur deux piliers: d’un côté, il s’agirait de «clouer au sol» les forces aériennes syriennes qui bombardent les quartiers civils ou tenus par l’opposition considérée comme modérée.

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De l’autre côté, les Américains accepteraient de faire des Russes leurs partenaires, et de mettre en commun leurs informations (et peut-être leurs moyens militaires) afin de s’en prendre conjointement aux forces djihadistes qui menacent le régime de Bachar el-Assad, et particulièrement la branche syrienne d’Al-Qaïda (ex-Front Al-Nosra rebaptisé Fatah el-Sham).

«Ce plan est bien joli. Mais regardez ce qui se passe sur le terrain», enjoint une figure de l’opposition syrienne, plusieurs fois présente aux discussions de Genève, qui s’en tient à l’anonymat pour éviter de froisser ses amis américains. «A chaque fois que ces deux messieurs (Kerry et Lavrov) disent s’approcher de la solution, les bombardements repartent de plus belle. Il faudra bien que Washington finisse par admettre qu’il s’agit d’une pure manoeuvre de diversion de la part des Russes.»

La «militarisation» accélère en Syrie

Une diversion? L’essentiel, ce week-end, se passait en effet aux environs d’Alep où, sous un déluge d’explosions, l’armée syrienne a réussi grâce à ses soutiens russe, iranien, irakien et libanais du Hezbollah, à réduire pratiquement à néant l’offensive menée il y a quelques semaines par l’opposition djihadiste afin de briser le siège des quartiers de l’Est d’Alep. Entre-temps, dans ce qui semble correspondre à une tentative d’alléger la pression, l’opposition s’était dirigée plus au sud, lançant une vaste offensive vers la ville de Hama, au risque de dégarnir ses positions autour d’Alep. En un mot: loin de céder du terrain, la «militarisation» de la Syrie n’a fait que s’accélérer pendant les discussions américano-russes, comme le reconnaissait d’ailleurs la semaine dernière à Genève l’émissaire de l’ONU Staffan de Mistura.

«Actuellement, l’intervention de la Turquie dans la région rend aussi les choses plus difficiles, commente la même source de l’opposition. Nous en sommes au point où, même si l’accord (russo-américain) en venait à être vraiment finalisé, personne ne sait s’il serait appliqué par tous les acteurs en présence. L’Iran ou la Turquie seraient-ils concernés? Nul n’en sait rien.»

Scepticisme autour de la Russie et des Etats-Unis

John Kerry et Sergueï Lavrov ont retardé leur départ de Hangzhou afin de se donner une ultime chance de trouver un accord ce lundi. Il est aussi prévu que les présidents Barack Obama et Vladimir Poutine se rencontrent en marge de la réunion du G20. D’ores et déjà, le président américain a fait part de son «scepticisme» sur les intentions de la Russie. Mais ce scepticisme, il en est aussi l’objet. «Les élections américaines, c’est demain (en novembre, ndlr), note le responsable de l’opposition. Il est évident qu’Obama n’entreprendra rien de significatif auparavant. Nous en sommes réduits à nous dire que les Russes ne sont pas les seuls à chercher une manière de faire diversion.»

 

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