Non loin de la frontière somalienne, près de 400 000 réfugiés s’entassent dans les camps de Dadaab, dans l’est du Kenya. Certains sont parqués là depuis l’implosion de la Somalie en 1991. D’autres ont fui la famine de 2011.

Rester dans la chaleur et la poussière des camps sans autre perspective ou rentrer en Somalie malgré la fragilité de la situation? Tel est le dilemme des habitants de Dadaab depuis la signature dimanche d’un accord entre le Kenya, la Somalie et le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) qui prévoit le retour volontaire des réfugiés somaliens.

«Nous sommes très heureux d’annoncer le rapatriement ordonné des occupants du plus grand camp de réfugiés qui a jamais existé dans le monde», a déclaré dimanche le vice-président kényan William Ruto, lors de la cérémonie de signature de l’accord.

Le gouvernement somalien a promis de tout faire pour créer des conditions favorables au retour de ses citoyens. La communauté internationale, pour sa part, est appelée à mettre la main au porte-monnaie pour faciliter la réintégration des réfugiés.

Fardeau trop lourd

Près d’un demi-million de Somaliens sont enregistrés comme réfugiés au Kenya, mais ils seraient en réalité deux fois plus nombreux à résider dans le pays. Les autorités kényanes répètent à l’envi que ce fardeau est devenu trop lourd. Depuis l’attaque contre le centre commercial de Westgate revendiquée par les islamistes somaliens shebab, les camps sont accusés d’avoir servi de base arrière aux terroristes.

Face à l’empressement kényan, le HCR s’est fendu lundi d’un communiqué pour souligner le caractère volontaire des retours. «Personne n’oblige les Somaliens à quitter le Kenya», insiste Raouf Mazou, le représentant du HCR à Nairobi. Même si l’accord tripartite porte sur trois ans, «cela ne signifie pas que les réfugiés devront rentrer d’ici là», renchérit Fatoumata Lejeune-Kaba, porte-parole du HCR à Genève. «Tout dépendra des conditions de sécurité.»

Une partie du territoire somalien échappe toujours à l’autorité du gouvernement. Même la capitale n’est pas à l’abri des attaques, comme en témoigne la voiture piégée qui a explosé la semaine dernière dans la zone la plus sécurisée de Mogadiscio.

Les réfugiés somaliens de Dadaab ne s’y trompent pas. «Nous avons fait une enquête en septembre dernier. 80% des réfugiés que nous avons interrogés à Dagahaley, l’un des camps de Dadaab, ont déclaré qu’ils ne voulaient pas retourner en Somalie», affirme Kenneth Lavelle, responsable adjoint des programmes de Médecins sans frontières (MSF) au Kenya. L’organisation humanitaire fournit des soins dans le camp mais s’était retirée de Somalie en août dernier, mettant à mal l’optimisme sur la stabilisation du pays.