Syrie

Accord russo-turc sur un contrôle de la frontière syrienne

Erdogan et Poutine se sont accordés mardi sur un retrait des forces kurdes du nord-est de la Syrie. Ils prendront en commun le contrôle de cette zone en proie à un conflit croissant entre Ankara et combattants kurdes

La Turquie a annoncé mardi soir qu'elle ne reprendrait pas son offensive militaire contre les forces kurdes dans le nord de la Syrie car ces dernières se sont retirées des zones frontalières, conformément à l'accord arraché il y a cinq jours par le vice-président américain Mike Pence. «A ce stade, il n'existe pas de besoin de mener une nouvelle opération», a fait savoir le ministère turc de la Défense dans un communiqué. «Au terme de la période de 120 heures, les Etats-Unis ont annoncé que le retrait des YPG de la zone est achevé.» 

Après six heures de négociations à Sotchi, dans le sud-ouest de la Russie, Recep Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine ont décidé dans un premier temps de déployer des patrouilles militaires russes et syriennes dans les secteurs de la bande frontalière bordant la zone. L'armée turque y a déclenché début octobre une opération militaire. Ces patrouilles auront pour objectif de «faciliter» le retrait des forces kurdes YPG et leur désarmement dans une zone «profonde de 30 km» le long de la frontière syro-turque. Puis, «150 heures» plus tard, des patrouilles communes, cette fois russo-turques, évolueront dans la zone.

La Turquie gardera néanmoins la haute main sur la zone située entre la ville de Tal Abyad, qu'elle a prise au début de l'offensive, et celle de Ras al-Aïn, dont les derniers combattants kurdes se sont retirés dimanche. Soit une zone de sécurité d'une longueur de 120 kilomètres sous son contrôle direct, sur les 440 qu'elle réclamait à l'origine.

«Un accord historique»

Redur Khalil, l'un des commandants des Forces démocratiques syriennes (FDS, dominées par les combattants kurdes) a pour sa part assuré que le retrait de «tous nos combattants et forces sécuritaires de la zone d'opérations militaires allant de Ras al-Aïn à Tal Abyad» avait été achevé. De facto, la Turquie et la Russie contrôleront ainsi la majeure partie de la frontière turco-syrienne. «Avec M. Poutine, nous avons conclu un accord historique», a insisté le président turc. «Ces décisions sont selon moi très importantes, voire décisives, et vont permettre de régler une situation très tendue», a pour sa part dit son homologue russe.

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Alors qu'une trêve fragile en vigueur depuis jeudi, négociée entre Ankara et Washington, a expiré mardi à 21h00, les deux présidents et acteurs centraux du conflit syrien, sont parvenus à ce compromis pour éviter la reprise de l'offensive militaire turque. Depuis le 9 octobre, cette opération a provoqué le déplacement de centaines de milliers de civils dans le nord de la Syrie. L'opération turque «s'achève, et tout va dépendre maintenant de la mise en oeuvre des accords, notamment sur le retrait des forces […] des unités kurdes», a relevé le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov.

La crainte de la libération des djihadistes détenus

Dans le mémorandum signé mardi à Sotchi, MM. Poutine et Erdogan se sont par ailleurs entendus pour faciliter le retour «volontaire» en Syrie de réfugiés. La Turquie dit vouloir que deux millions d'entre eux retournent en Syrie dans la zone de sécurité qu'elle est en passe de mettre en place. Le chef de l'Etat russe a quant à lui insisté sur la lutte contre le «terrorisme», citant le groupe Etat islamique, les pays occidentaux et la Russie craignant qu'une opération militaire turque n'aboutisse à la libération des milliers de djihadistes détenus par les Kurdes.

Le président russe a répété mardi comprendre les intérêts de sécurité nationale» de la Turquie, tout en insistant sur l'intégrité territoriale de la Syrie. Si ces négociations entre MM. Erdogan et Poutine ont eu lieu, c'est aussi parce que Moscou a de facto freiné l'avancée turque, en encourageant depuis le 9 octobre un dialogue entre le régime de Damas et les Kurdes. Appelées à la rescousse par les Kurdes, les forces syriennes, accompagnées de patrouilles militaires russes, avaient repris certaines zones sous contrôle kurde, contrecarrant ainsi les plans d'Ankara de constituer une «zone de sécurité» de 444 km le long de sa frontière avec la Syrie.

L'offensive turque a été rendue possible par le retrait militaire des Etats-Unis du nord et de l'est de la Syrie, une décision surprise et décriée du président américain, accusé d'abandonner ses alliés. Donald Trump a annoncé qu'il ne restait désormais qu'un «petit» nombre de soldats américains en territoire syrien, mais loin de la zone où l'armée turque est déployée.

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