Selon les services sanitaires israéliens, le bilan définitif du double attentat suicide perpétré dimanche soir devant la gare centrale des autobus de Tel-Aviv est de vingt-cinq morts (dont les deux terroristes) et plus de cent vingt blessés. Réuni d'urgence par Ariel Sharon, le cabinet restreint de l'Etat hébreu a aussitôt édicté une série de mesures politiques parmi lesquelles la fermeture de trois facultés islamiques où les kamikazes auraient été recrutés et l'interdiction de la réunion du comité central de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) de Yasser Arafat, qui devait se tenir mercredi à Ramallah afin de discuter du corpus constitutionnel du futur Etat palestinien.

Dans la foulée, les ministres ont également décidé de geler les transferts de fonds vers l'Autorité palestinienne, qui avaient recommencé la semaine passée sous l'égide des Etats-Unis. En outre, Israël contrôlant toutes les entrées et les sorties de Cisjordanie et de la bande de Gaza, le cabinet restreint a interdit à plusieurs personnalités palestiniennes de se rendre à Londres afin de participer à une conférence consacrée à la mise en place des réformes de l'Autorité palestinienne. Une «punition» mal acceptée par le Foreign Office britannique, qui appelle l'Etat hébreu à «reconsidérer sa décision».

Alors que le Djihad islamique a été la première organisation à revendiquer la tuerie de dimanche, les responsables et les médias israéliens préfèrent pointer du doigt les Brigades des martyrs d'Al-Aqsa, l'une des branches armées du Fatah, qui en ont endossé la responsabilité bien plus tard que les mouvements concurrents. Le président palestinien est donc officiellement présenté comme «commanditaire du massacre puisqu'il finance les Brigades et puisqu'il ne fait rien pour les empêcher d'agir».

Paradoxalement, la plupart des éditorialistes ne croient pas que ces mesures de rétorsion «empêcheront d'autres kamikazes de venir se suicider dans nos villes». En revanche, ils estiment qu'à trois semaines des élections législatives du 28 janvier prochain, la riposte décidée dimanche a aussi – et surtout – pour but de permettre à Sharon de rebondir alors que son parti est en perte de vitesse en raison d'une série de scandales politico-financiers.

Une fois n'est pas coutume, sur le terrain, les représailles militaires israéliennes restent cependant limitées. Certes, dans la nuit de dimanche à lundi, une colonne de chars de Tsahal a pénétré dans la ville de Rafah, au sud de la bande de Gaza, pour y interpeller un cadre du Djihad islamique et pour y détruire sa maison. En outre, à Gaza-City, des hélicoptères Apache ont tiré des roquettes sur deux fonderies accusées par les services de sécurité de l'Etat hébreu d'être des fabriques clandestines d'armes. Ces tirs ont fait sept blessés palestiniens.

En fait, même si le ministre israélien de la Défense Chaoul Mofhaz continue d'exiger l'expulsion d'Arafat de Ramallah, tout porte à croire que cela ne se fera pas dans l'immédiat. Parce que Sharon s'est engagé à ne pas prendre d'initiative susceptible de gêner les préparatifs de guerre américains en Irak et parce que ce «transfert» serait de nature à braquer davantage le monde arabe contre Israël ainsi que contre son puissant allié.

L'entourage de Mofhaz et les responsables de Tsahal n'excluent cependant pas l'idée de prendre d'assaut le quartier général du président palestinien et d'envoyer celui-ci en exil. Mais plus tard. En profitant, par exemple, du tohu-bohu que provoquerait dans la région une offensive américaine sur l'Irak. En attendant, les différents services de sécurité israéliens se déclarent persuadés que les organisations palestiniennes veulent profiter de la campagne électorale en cours pour multiplier les attentats spectaculaires. Et donc pousser Ariel Sharon à prendre des mesures militaires disproportionnées. Au cabinet du premier ministre, on jure que celui-ci «ne tombera pas dans le piège grossier qui lui est tendu». Mais l'on promet également qu'il ne restera pas sans réaction si des d'attentats suicides de l'ampleur de celui de Tel-Aviv devaient se multiplier dans les prochains jours.