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Accusations d’abus sexuels: Woody Allen de nouveau dans la tempête 

Les propos de sa fille adoptive Dylan Farrow, qui accuse depuis 1992 le cinéaste d’avoir abusé d’elle sexuellement quand elle avait 7 ans, refont surface depuis son interview mercredi soir sur CBS

Il avait jusqu’ici été épargné par le mouvement #Metoo. Mais à 82 ans, Woody Allen se retrouve dans la tempête des accusations de harcèlement sexuel: plusieurs célébrités refusent de travailler avec lui tandis que sa fille adoptive relance ses accusations d’abus sexuels.

Le réalisateur new-yorkais, l’un des plus prolifiques de l’histoire du cinéma avec une cinquantaine de films réalisés en autant d’années de carrière, avait globalement échappé jusqu’ici aux foudres du mouvement anti-harcèlement qui a fait tomber ou ébranlé de nombreux acteurs et réalisateurs depuis les révélations contre le producteur Harvey Weinstein: de Kevin Spacey à Brett Ratner, en passant par Dustin Hoffman ou James Franco.

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Mais cette semaine, la tempête le menace à son tour, alors que refont surface des accusations de sa fille adoptive Dylan Farrow, qui l’accuse depuis 1992 d’avoir abusé d’elle sexuellement quand elle avait 7 ans.

«Je dis la vérité et je pense que c’est important que les gens se rendent compte qu’une victime, une accusatrice, compte. Que cela suffit à changer les choses», déclare Dylan Farrow, 32 ans aujourd’hui, dans les premiers extraits de cet entretien, diffusés mercredi par la chaîne CBS.

Dons à Time’s Up

«Pourquoi ne serais-je pas en colère? Pourquoi ne serais-je pas blessée? Pourquoi ne serais-je pas scandalisée après toutes ces années où j’ai été ignorée, où on ne m’a pas crue?» ajoute celle dont le frère journaliste, Ronan Farrow, a été à la pointe des révélations sur Weinstein.

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Avant même la diffusion de cet entretien, l’acteur franco-américain Timothée Chalamet, révélé ces derniers mois dans des films comme Call Me by Your Name ou Lady Bird et nouvelle coqueluche de Hollywood, déclarait sur son compte Instagram regretter d’avoir travaillé avec Woody Allen sur son nouveau film à sortir cette année, A Rainy Day in New York.

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«Je ne veux pas tirer profit de mon travail sur ce film», a souligné la nouvelle star de 22 ans, en annonçant faire don de son salaire pour ce film à trois associations d’aide aux victimes de harcèlement sexuel, dont Time’s Up, créée début janvier par un collectif de plus de 300 femmes de Hollywood.

Le magazine spécialisé US Weekly a indiqué mercredi que la costar de Chalamet dans A Rainy Day in New York, Selena Gomez, avait elle aussi fait un don «important» à Time’s Up.

«Si j’avais su»

Peu après la cérémonie des Golden Globes début janvier, et à la suite de la publication d’une tribune de Dylan Farrow dans le Los Angeles Times, la réalisatrice de Lady Bird, Greta Gerwig, qui a remporté le Golden Globe de la meilleure comédie, exprimait elle aussi ses regrets d’avoir joué dans son film de 2012, To Rome with Love.

«Si j’avais su alors ce que je sais aujourd’hui, je n’aurais pas joué dans ce film», a-t-elle confié au New York Times, en ajoutant qu’elle ne retravaillerait plus avec lui. Woody Allen n’a pas réagi pour l’instant à cette nouvelle polémique et son agente n’a pas immédiatement répondu à une sollicitation de l’AFP.

Mais il a toujours démenti ces allégations. Notamment en 2014, dans une tribune au New York Times, où il affirmait que sa fille adoptive avait été poussée au mensonge par Mia Farrow lors de leur acrimonieux divorce, et rappelait que les enquêteurs avaient renoncé à le poursuivre dans cette affaire.

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Situation «injuste et triste»

Si des actrices comme Natalie Portman, Reese Witherspoon ou Rebecca Hall ont elles aussi pris parti pour Dylan Farrow, Alec Baldwin a, lui, pris la défense de Woody Allen. «Deux Etats [le Connecticut et New York, ndlr] ont enquêté sur Woody Allen et ne l’ont pas inculpé», a fait valoir l’acteur qui a joué dans To Rome with Love et Blue Jasmine, qualifiant la situation d’«injuste et triste».

Le réalisateur multi-oscarisé, qui a fait de ses névroses une marque de fabrique, est depuis longtemps entouré d’un parfum de scandale. Les accusations de 1992 avaient coïncidé avec la révélation de sa relation avec la fille adoptive de Mia Farrow, Soon-Yi Previn, de 35 ans sa cadette, qui a fait couler beaucoup d’encre. Ils se sont mariés depuis et ont deux filles adoptives.

Mais le scandale ne l’a jamais complètement abandonné, sans l’empêcher de tourner. Si des films comme Prends l’oseille et tire-toi, Manhattan ou Annie Hall ont contribué à faire de lui l’archétype du juif new-yorkais, la plupart de ses récents opus ont cependant été tournés en Europe, à la fois refuge et source d’inspiration.

Dossier
Harcèlement et agression sexuels, la loi du silence

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