L’homme malade de la politique française vient de rechuter lourdement. Alors qu’il tente de se remettre de son échec aux élections européennes de juin, le Parti socialiste est rattrapé par les accusations de fraude qui entachent l’élection de Martine Aubry à sa tête, en novembre 2008, face à Ségolène Royal.

Un livre publié cette semaine, Hold-ups, arnaques et trahison, détaille les irrégularités du scrutin : résultats truqués en faveur de Martine Aubry dans son fief du Nord, militants qui ne se sont pas déplacés mais dont la voix est pourtant comptabilisée, bulletins provenant d’un bureau de vote, dans les Antilles, qui n’était pas ouvert le jour de l’élection…

Selon les auteurs, journalistes à Europe 1 et Canal+, les alliés de la première secrétaire avaient bâti une sorte de « logiciel qui calcule automatiquement l’écart entre Royal et Aubry et fait varier les résultats « virtuels » du Nord afin qu’ils assurent la victoire à Martine Aubry ». Au final, la maire de Lille l’emportera par 102 voix d’écart, selon le total validé par la direction du PS.

Le plus étonnant est la mollesse des démentis apportés, mercredi, par la direction du PS: pas de communiqué pour démentir la fraude, juste quelques déclarations dénonçant un livre « mal informé », sans « éléments probants » ou « sans intérêt ». Martine Aubry a qualifié l’ouvrage de « malveillant ».

Ségolène Royal ne l’entend pas de cette oreille : « On savait que ça avait triché, mais pas avec cette ampleur ni avec ce système d’organisation », a-t-elle estimé en promettant « une déclaration solennelle dans quelques jours ».

L’ouvrage éclaire, à coup de « petites phrases », l’ambiance épouvantable qui règne entre dirigeants du PS. Harlem Désir (proche du maire de Paris Bertrand Delanoë) : « Martine déteste François [Hollande] de manière irrationnelle ». François Hollande : « [Martine Aubry] n’a jamais été loyale, elle n’a jamais travaillé ». Ségolène Royal : « Elle veut faire populeuse, ouvrière, mais en réalité elle est de l’establishment. » Sans parler des « je te casse la gueule » et « va te faire enc… » lancés par la directrice du service de presse du parti au journaliste chargé de suivre le PS à Libération, pourtant un titre ami…

« Ce qui est navrant, c’est qu’on avait le sentiment que le PS allait un peu mieux », commente Manuel Valls, ancien soutien de Ségolène Royal et partisan d’un « dépassement » du « vieux parti ».

Selon lui, le PS « est en difficulté dès qu’il s’agit d’abord des questions compliquées », comme la taxe carbone ou l’Afghanistan, et « continue à représenter le conservatisme ».

La férocité croissante des médias à l’encontre du PS est un autre symptôme préoccupant, estime le stratège du PS Jean-Christophe Cambadélis : « Cela démontre combien nous avons perdu la bataille de l’attrait. »

Antonin André et Karim Rissouli, Hold-ups, arnaques et trahison, Paris, éditions du Moment, 2009.