«Ces allégations ne sont pas vraies. Cela n’est jamais arrivé.» Empêtré dans une affaire d’accusation d’agression sexuelle, Joe Biden, désormais unique rival de Donald Trump dans la course à la Maison-Blanche, était sous pression pour qu’il sorte de son silence. Vendredi, alors que son mutisme devenait pesant, il s’est justifié, à la fois par voie de communiqué et dans l’émission Morning Joe de MSNBC. Pour balayer les reproches qui lui sont faits.

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Des incohérences

L’accusatrice s’appelle Tara Reade. Elle a 56 ans. C’est une ancienne employée de Joe Biden. Elle l’accuse de l’avoir agressée sexuellement en 1993, lorsqu’il était sénateur. L’année dernière, elle avait évoqué des «gestes déplacés», comme sept autres femmes. La version 2020 est bien plus grave: elle souligne désormais que le démocrate l’aurait «plaquée contre un mur au Congrès, mis sa main sous ses vêtements et pénétrée avec ses doigts». Elle l’a affirmé le 25 mars dans un podcast et a porté plainte. Selon le New York Times, qui a pu consulter le texte, la plainte ne mentionne toutefois pas directement le nom de Joe Biden.

L’équipe de campagne de Joe Biden a toujours démenti les accusations, et des enquêtes poussées du New York Times et du Washington Post ne sont pas parvenues à corroborer la version de Tara Reade. Vendredi, sur MSNBC, le candidat a lui-même insisté sur le fait qu’il n’y a pas de trace d’une plainte déposée à l’époque et pas d’accord de confidentialité, signé avec aucune femme, qui reviendrait à acheter le silence de potentielles victimes. Aucun de ses collaborateurs n’a été approché par Tara Reade, a-t-il également relevé.

«Les femmes méritent d’être traitées avec dignité et respect, et lorsqu’elles font un pas en avant, elles doivent être entendues et non réduites au silence», précise-t-il dans le communiqué. Mais il invite les médias à «examiner et évaluer l’ensemble des incohérences de plus en plus nombreuses» de Tara Reade, qui «a changé à plusieurs reprises de version, à petite ou grande échelle».

Une femme à la vice-présidence

L’affaire va-t-elle donner des munitions à l’équipe de Donald Trump? Jeudi, le président, à la peine dans les sondages, s’est invité dans la polémique. Mais, surprise, plutôt pour défendre Joe Biden. Lui-même accusé par plusieurs femmes de harcèlement sexuel, pendant et après sa campagne de 2016, il relève avoir été «faussement accusé de nombreuses fois» et qu’il pourrait en être de même pour son rival.

Pour Joe Biden, il était temps de sortir de son silence. La polémique pèse sur sa campagne, alors qu’il s’apprête à choisir une femme comme vice-présidente. Nancy Pelosi, l’influente présidente démocrate de la Chambre des représentants, a pris sa défense, le qualifiant de «personne intègre». Elle rappelle qu’il est l’auteur d’une loi contre les violences faites aux femmes adoptée en 1994, point sur lequel insiste longuement Joe Biden lui-même dans son communiqué.

Deux poids, deux mesures! dénoncent des républicains. Lors du processus de nomination du juge conservateur Brett Kavanaugh à la Cour suprême en 2018, Nancy Pelosi et des démocrates avaient clairement défendu Christine Blasey Ford, celle qui l’accusait d’agression sexuelle. Les justifications de Joe Biden suffiront-elles à éteindre l’incendie? Pas sûr. Dimanche, Tara Reade fera une apparition télévisée sur Fox News.