France 

Accusé de viols, Tariq Ramadan est en garde à vue à Paris

L’islamologue a été placé en garde à vue ce mercredi par les enquêteurs de la police judiciaire dans le cadre de l’enquête préliminaire ouverte à Paris suite aux accusations de viols et violences volontaires

L’islamologue controversé Tariq Ramadan a été placé ce mercredi matin en garde à vue à Paris pour s’expliquer sur les accusations de viols portées contre lui par deux femmes, une affaire retentissante dans le sillage du scandale Weinstein.

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Le théologien est entendu par les enquêteurs de la police judiciaire parisienne «dans le cadre de l’enquête préliminaire ouverte à Paris des chefs de viols et violences volontaires», selon une source judiciaire, confirmant une information de la radio française RTL. Deux femmes ont accusé Tariq Ramadan de les avoir violées en 2009 et en 2012 en France. Il a catégoriquement démenti ces accusations depuis le début de l’affaire.

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La première plaignante, Henda Ayari, accuse l’islamologue de l’avoir violée dans un hôtel parisien en 2012. Elle avait elle-même révélé l’affaire sur sa page Facebook, après avoir évoqué les faits présumés dans un livre en 2016, sans en identifier l’auteur. En réponse, la défense du théologien a versé au dossier des pièces censées, selon elle, discréditer la parole de cette ancienne salafiste devenue militante féministe, âgée de 41 ans.

Parmi ces documents figurent notamment des conversations sur Facebook au cours desquelles une femme qui se présente comme Henda Ayari fait en 2014 - soit deux ans après les faits présumés - , des avances explicites au théologien qui n’y donne pas suite.

Les avocats de Henda Ayari avaient affirmé que leur cliente était restée en contact avec le théologien de 55 ans, mais uniquement jusqu’à la mi-2013. «Ce n’était pas une relation mais une emprise sectaire», avaient-ils affirmé pour justifier le maintien des contacts entre eux deux.

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Une autre accusatrice française anonyme

Une seconde plainte visant Tariq Ramadan, pour des faits similaires dans un hôtel à Lyon (est) en 2009, a été déposée fin octobre quelques jours après la première plainte. Dans ce volet, l’identité de la plaignante n’a pas été publiquement révélée. Elle avait fourni des certificats médicaux à l’appui de son témoignage.

Les deux femmes ont déjà été entendues par la police, à Rouen (nord-ouest) et à Paris. L’essayiste Caroline Fourest, qui a indiqué avoir remis des documents aux enquêteurs, a également été auditionnée. Les avocats de Tariq Ramadan avaient riposté début novembre en déposant une plainte pour subornation de témoin visant nommément Caroline Fourest qui combat médiatiquement l’islamologue depuis plusieurs années.

Ils réclament par ailleurs que l’enquête identifie le magistrat que Caroline Fourest dit avoir fait rencontrer à une des plaignantes et qui aurait manqué de signaler les faits à la justice. Cette affaire a suscité de vifs débats entre défenseurs et détracteurs de Tariq Ramadan et de Henda Ayari. Cette dernière a porté plainte contre X à la mi-novembre après avoir fait l’objet d’injures et de menaces.

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Des accusations en Suisse, mais pas de plainte

Tariq Ramadan fait l’objet de soupçons en Suisse également. Quatre anciennes élèves accusent leur professeur d’avoir abusé d’elles. Selon leurs témoignages publiés dans la Tribune de Genève, l’islamologue, qui enseignait à l’époque, aurait tenté de séduire une de ces élèves âgées de 14 ans et l’aurait harcelée. Il serait arrivé à ses fins avec trois autres âgées de 15 à 18 ans en ayant des relations sexuelles avec elles. Les faits décrits par ces ex-élèves sont prescrits. Aucune plainte n’a été déposée.

Petit-fils du fondateur de la confrérie égyptienne islamiste des Frères musulmans, Tariq Ramadan a pris un congé depuis début novembre de l’université britannique d’Oxford, où il est professeur d’études islamiques.

Il n’a pris publiquement la parole qu’à deux reprises depuis le début de cette affaire: sur Facebook, fin octobre, pour dénoncer une «campagne de calomnie» enclenchée par ses «ennemis de toujours», et sur Twitter, début novembre, pour démentir des accusations publiées par le journal La Tribune de Genève et annoncer une plainte pour diffamation. 

 

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