Les actes terroristes ouïgours se multiplient

Chine Une série d’actions meurtrières depuis le début de l’année est attribuée au Mouvement islamique du Turkestan oriental

Les autorités chinoises ont divulgué, dimanche, de nouvelles informations sur l’attentat de la gare d’Urumqi, au Xinjiang, le 30 avril, l’attribuant au Mouvement islamique du Turkestan oriental (ETIM). Elles ont affirmé que son commanditaire, Ismaïl Yousoup, était un expert en explosifs recherché en Chine qui a fui à l’étranger. Il aurait, selon elles, chargé dix complices de préparer cette opération.

L’attaque, à la bombe et au couteau, avait fait trois morts, dont deux assaillants, et plusieurs dizaines de blessés. Elle était intervenue après une série d’actions terroristes inédites en dehors du Xinjiang (sur la place Tiananmen à Pékin fin 2013 et à la gare de Kunming en mars 2014, où 29 personnes périrent de coups de couteau). Elle s’était déroulée le dernier jour de la visite du président Xi Jinping dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang.

«Le message central de Xi Jinping, lors de sa visite, était de montrer que le Xinjiang restait un endroit sûr pour les populations han [l’ethnie majoritaire en Chine]: de ce point de vue, c’est un échec embarrassant, aussi bien pour Xi que pour les autorités régionales qui n’ont pas su prévenir ces incidents», constate Nicholas Bequelin, de Human Rights Watch à Hongkong.

En outre, le service en ouïgour de Radio Free Asia (financée par le Congrès américain) a révélé, le 15 mai, que trois cadres dirigeants d’entreprise d’Etat chinois, en poste dans la région de Kachgar, avaient été assassinés alors qu’ils étaient partis pêcher le 27 avril, le premier jour de la visite de Xi Jinping. Deux d’entre eux ont été retrouvés égorgés et le troisième lacéré de coups de couteau. L’information n’a pas été confirmée par les autorités chinoises.

Enfin, une autre attaque au couteau a eu lieu à la gare de Canton le 6 mai, mais l’identité des auteurs est encore inconnue.

«Frères moudjahidin»

L’attentat d’Urumqi, tout comme ceux de Tiananmen et de Kunming, a été salué par le Parti islamique du Turkestan (TIP), un groupuscule djihadiste réfugié au Waziristan et qui se revendique d’Al-Qaida, dans des vidéos diffusées sur Internet.

Le TIP a succédé à l’ETIM, dissous après la mort de son fondateur, Hassan Makhsum, en 2003, mais les Chinois tiennent à cet acronyme car il apparaît sur la liste des organisations terroristes des Nations unies. Le message vidéo du TIP, lu par Abdulheq Damolla, félicite «nos frères moudjahidin» pour leur «acte volontaire au moment où les sales griffes du dirigeant chinois Xi Jinping se posaient sur notre mère patrie du Turkestan oriental». Il est la preuve, ajoute-t-il, que les «migrants et envahisseurs chinois ne seront jamais les bienvenus chez les musulmans du Turkestan oriental».

L’attentat avait eu lieu la veille de l’ouverture d’une nouvelle ligne de chemin de fer entre Urumqi et les deux villes les plus emblématiques de la présence chinoise au Xinjiang: l’immense ville-colonie de Shihezi et Karamay, la ville du pétrole.

Turcophones et musulmans, les 10 millions d’Ouïgours vivent mal ce qu’ils perçoivent comme une vaste entreprise de colonisation des Chinois de l’ethnie han, qui forment aujourd’hui 40% de la population contre à peine 7% au début de la Chine populaire. La menace terroriste a longtemps été instrumentalisée par les autorités chinoises, qui tendaient à minimiser la réalité des actes terroristes, tout en usant et abusant du combat antiterroriste pour justifier une répression tous azimuts.

Mais ce danger semble avoir changé d’échelle, faisant de la Chine un nouveau théâtre pour les organisations djihadistes: «Les attaques suicides, le recours à des explosifs, le fait que les cibles se déplacent vers la Chine de l’Est indiquent une nouvelle phase», explique Jacob Zenn, spécialiste du djihadisme en Afrique et en Asie centrale pour la Jamestown Foundation.

Le TIP n’est plus un acteur marginal dans la mouvance Al-Qaida. «C’est l’un des plus actifs en termes de propagande, après les talibans du Pakistan et Al-Qaida», affirme Jacob Zenn, citant les vidéos du site Islam Awazi ainsi que la publication trimestrielle en arabe d’ETIM. Cette montée en puissance intervient, selon l’analyste, au moment où sa «tutelle», le Mouvement islamique d’Ouzbékistan, dont le chef Abou Zar Al-Burmi est un Pakistanais d’origine birmane, a pris la Chine en grippe.