Plus de 500 actes xénophobes ont été recensés depuis le début de l’année en Allemagne, selon un rapport de l’Office fédéral de police criminelle (BKA, services de renseignement intérieurs). La progression est considérable par rapport à 2014 (114 attaques pour l’ensemble de l’année) et 2013 (18 agressions). La plupart des actes xénophobes ont eu lieu en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, le Land le plus peuplé d’Allemagne, et celui accueillant le plus de réfugiés. «La majorité des agressions ont été perpétrées contre des bâtiments, faisant de gros dégâts matériels, mais on peut s’attendre à ce qu’à l’avenir des personnes soient directement visées», estiment les renseignements allemands.

Politiciens aussi visés

Chaque semaine depuis des mois, des bâtiments en cours de travaux et destinés à accueillir les réfugiés partent en fumée à travers le pays. Les renseignements intérieurs mettent en garde contre des agressions envers des personnes jugées «responsables» de la vague de migration, telles que des politiciens, des personnes gérant des centres d’accueil, voire des réfugiés eux-mêmes.

Les inquiétudes se sont entre-temps avérées bien réelles: le rapport du BKA a été écrit une semaine avant l’agression au couteau samedi dernier contre la candidate à la mairie de Cologne Henriette Reker, connue pour son engagement en faveur des réfugiés – toujours hospitalisée, elle a néanmoins été élue dimanche. Selon la police criminelle, la scène d’extrême droite habituellement très hétérogène se retrouve «autour d’un consensus idéologique» contre les réfugiés, qui permet par ailleurs aux extrémistes de droite de «s’ouvrir un accès aux classes moyennes».

L’Allemagne s’inquiète de la radicalisation de la mouvance d’extrême droite, comme on l’observe avec le mouvement Pegida («Patriotes européens contre l’islamisation de l’Occident») à Dresde. «Jusqu’à présent, on ne note pas de corrélation entre manifestations de protestation contre les migrants et attaques racistes, souligne le BKA. Mais il est possible que le discours de dénigrement finisse par se traduire par une recrudescence de la violence.»

De fait des mouvements tels que Pegida semblent avoir libéré le discours d’extrême droite et banalisé le recours à la violence. Comme à Hambourg, où un père de famille, fonctionnaire du Ministère des finances, a mis le feu à un bâtiment destiné à abriter des réfugiés. Lors de son procès, il s’est défendu en faisant part de sa peur de voir son «idylle familiale troublée par l’arrivée devant sa porte de personnes à qui on ne peut même pas expliquer quand sont relevées les poubelles puisqu’elles ne parlent pas allemand».

Désinformation en cause

«La peur des étrangers attisée par la désinformation qui circule sur les réseaux sociaux a désormais gagné les milieux bourgeois, même auprès de ceux qui avaient jusqu’ici peur des néonazis», s’inquiète le magazine Der Spiegel dans un éditorial. Sur les 106 crimes ou délits d’extrême droite élucidés au cours des derniers mois, les deux tiers des personnes incriminées n’avaient eu jusqu’alors – à l’image du fonctionnaire de Hambourg – aucun contact avec la mouvance d’extrême droite.

Jeudi dans la journée, le ministre de l’Intérieur, Thomas de Maizière (CDU), révélait pour sa part que «la police allemande a évité des actes de violence, voire des attentats» contre des foyers de migrants, grâce à l’interpellation de membres d’un groupuscule d’extrême droite en Bavière. Treize personnes ont été interpellées mercredi à Bamberg. Divers objets, dont une arme à feu, ont été saisis lors de cette perquisition. Les suspects auraient fait venir de Pologne de grandes quantités de matériel incendiaire, notamment du matériel pour feux d’artifice pouvant servir à incendier des bâtiments. Le groupe projetait d’attaquer un local fréquenté par l’extrême gauche et deux foyers de demandeurs d’asile, à l’occasion d’une manifestation de l’extrême droite – entre-temps interdite – prévue pour le 31 octobre.