C'est l'une des plus impressionnantes architectures baroques de Vilnius. Mais si le prétentieux dôme de Saint-Casimir domine le paysage de la capitale lituanienne, Vytautas Sadauskas, le prêtre de cette église catholique, parle avec modestie. «L'entrée dans l'Union européenne ne va rien changer pour moi, simple ecclésiastique, mais elle va apporter davantage de choix et d'opportunités pour la majorité des jeunes de Lituanie.» Pour Vytautas Sadauskas, 37 ans, originaire de Vilnius, cet ancrage à l'ouest est avant tout un moyen d'assurer à long terme la sécurité et l'indépendance du pays. A ses yeux, l'intégration dans l'OTAN est d'ailleurs sans doute plus significative encore. «Lorsque début avril j'ai vu les quatre avions belges de l'OTAN atterrir sur notre territoire, je n'ai pu m'empêcher de pleurer. Des larmes de joie bien sûr, confie-t-il. Ces avions sont venus confirmer symboliquement la sécurité enfin retrouvée de notre pays. Il ne faut pas oublier que dans chacune de nos familles il y a eu quelqu'un d'exilé en Sibérie après la guerre.»

Vytautas Sadauskas, qui n'hésite pas à utiliser l'expression «nouveau futur» dans ses sermons aux accents politiques, rappelle que la page soviétique est encore toute récente dans l'histoire lituanienne. Il y a moins de quinze ans, son église était le musée de l'athéisme tel que l'avaient transformée les autorités communistes. Aujourd'hui, comme la plupart des églises de ce pays à 90% catholique, elle se remplit abondamment pour chaque messe. Vytautas Sadauskas raconte aussi comment, pour entrer au séminaire, il avait dû passer un entretien avec le représentant local du KGB («pour vérifier que je n'écoutais pas Radio Vatican»). Aujourd'hui, il se veut un avocat de l'œcuménisme entre catholiques et orthodoxes. Il reconnaît que «c'est un nouveau mouvement en Lituanie auquel la hiérarchie de l'Eglise et la population ne sont pas encore prêtes.» Mais, régulièrement, Vytautas Sadauskas accompagne les enfants d'une école catholique dans les églises orthodoxes.