Etats-Unis

Des activistes anti-pipeline menacés d’expulsion

Les manifestants qui s’autoproclament les «protecteurs de l’eau» s’opposent à la construction de l’oléoduc Dakota Access qui doit passer près de la réserve sioux de Standing Rock. La répression policière s’est durcie et ils ont jusqu’au 5 décembre pour quitter leur campement

Avec des températures oscillant entre 0°C et -5°C, un sol gelé et enneigé, les activistes du camp de Standing Rock, dans le Dakota du Nord, maintiennent leurs positions et conservent une volonté tenace d’empêcher l’entreprise Energy Transfer Partners de faire passer un oléoduc sous la rivière Missouri. Plusieurs semaines d’affrontements avec les forces de l’ordre de l’Etat et la garde nationale ont donné une résonance dans tout le pays au mouvement. Des centaines de personnes vivent maintenant dans le camp Oceti Sakowin construit sur les terres de la tribu sioux Standing Rock. Des terres que l’Etat américain considère comme propriété fédérale.

C’est pour cette raison que le corps de l’armée en charge de ces terrains a publié un avis d’éviction le 25 novembre. Une lettre signée par John Henderson, le commandant du district, prévoit une évacuation ce lundi 5 décembre: «Cette décision est nécessaire pour protéger le public des affrontements violents entre les manifestants et les forces de police, et pour éviter le décès, les maladies, ou des blessures graves pour les habitants de ce camp, à cause des dures conditions hivernales du Dakota du Nord. Toute personne qui se trouvera sur les terres fédérales […] après le 5 décembre sera considérée comme violant une propriété privée et pourra être poursuivie devant la justice locale, de l’état ou fédérale.»

«Zone de liberté d’expression» autorisée

L’armée a, pour compenser, établi une «zone de liberté d’expression» au sud du campement où les militants auront le droit de manifester. Dave Archimbault II, le chef de la tribu sioux de Standing Rock, à qui était adressée la lettre, s’est dit «très déçu»: «C’est malheureux et ironique que cette annonce arrive au lendemain de la célébration de Thanksgiving – un échange historique entre les autochtones américains et les premiers immigrés venus d’Europe. […] Nous avons beaucoup souffert, mais nous espérons toujours que le président Obama respectera ses engagements de clore le chapitre des promesses bafouées envers notre peuple.»

La construction du Dakota Access Pipeline (DAPL), long de 1885 kilomètres et censé transporter du pétrole des grandes plaines du nord des Etats-Unis à l’Illinois et passer près de la réserve sioux de Standing Rock, est le sujet de manifestations de plus de 200 tribus autochtones depuis le mois d’avril. D’un montant de 3,8 milliards de dollars (3,4 milliards d’euros), ce projet, abouti à plus de 80%, aurait déjà détruit plusieurs sites sacrés sioux et risquerait de polluer l’eau dont ces derniers s’abreuvent. Ces opposants s’autoproclament donc «protecteurs de l’eau».

Ordre d’évacuation immédiat

Mardi dernier, les menaces des autorités ont continué. Le gouverneur du Dakota du Nord, Jack Dalrymple, a publié un ordre d’évacuation immédiate à l’encontre des militants de Standing Rock. Les activistes, des autochtones américains et des écologistes, ont décidé de répondre à ces décisions en lançant, en décembre, un mois d’action à travers tout le pays, sans déplacer le campement. Selon les organisateurs, plus de 2000 vétérans de l’armée américaine, membres de l’organisation «Veterans for Standing Rock», avaient prévu de se rejoindre au cours du week-end, au camp Oceti Sakowin, pour former «un bouclier humain» et protéger les manifestants contre les forces de l’ordre.

Une amende pour ceux qui aident

La répression policière s’est durcie depuis le mois d’octobre, les forces locales et la garde nationale n’hésitant pas à faire usage de gaz lacrymogène, de canons à eau, de tirs de balles en caoutchouc et de Tasers. Le 20 novembre, une jeune manifestante a été gravement blessée au bras par une grenade à concussion: elle aurait même, selon son père, failli se faire amputer. Lors de cette même manifestation, les forces de police ont fait usage de canons à eau contre les militants alors que la température extérieure était inférieure à 0°C. Le groupe de médecins du campement a ensuite dénoncé plusieurs cas d’hypothermie.

Ces dernières semaines, de nombreuses personnes se sont rendues au camp Oceti Sakowin pour faire des dons de nourriture et d’équipement pour l’hiver. Seulement, le shérif du comté de Morton, fortement opposé aux manifestations, a mis en place des barrages pour contrôler les personnes tentant de se rendre au camp. Il a menacé de punir d’amendes de 1000 dollars tous ceux qui voudraient aider les «protecteurs de l’eau».

Tenir jusqu’au 1er janvier

En maintenant leurs positions pendant tout le mois de décembre, malgré les risques d’évacuation, les opposants espèrent bloquer la construction de l’oléoduc jusqu’au 1er janvier. «Si cette date butoir est dépassée, une majorité des parties prenantes au projet, ayant des contrats pour transporter le pétrole dans ce pipeline, pourront les renégocier ou les annuler. Cela pourrait être dévastateur pour Energy Transfer Partners et les autres entreprises impliquées dans le DAPL», est-il expliqué sur un site regroupant toutes les actions organisées en opposition à l’oléoduc. Fin novembre, déjà deux investisseurs norvégiens avaient déclaré se retirer du projet.

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