L’Union européenne a condamné ce jeudi la «décision infondée» de la justice russe en dénonçant la «volonté délibérée du gouvernement de supprimer l’opposition indépendante […] et de mettre fin à l’influence du réseau politique d’Alexeï Navalny avant les élections à la Douma en septembre», selon un communiqué du chef de la diplomatie, Josep Borrell.

Les organisations de l’opposant du Kremlin emprisonné, Alexeï Navalny, ont été désignées comme «extrémistes» par la justice russe ce mercredi 9 juin. Une mesure qui permet leur liquidation et une répression accrue de ses partisans, à l’approche des législatives de septembre.

Douze heures et un appel

Alexeï Navalny a aussitôt réagi sur le réseau social Instagram. «On se débrouillera, on évoluera, on s’adaptera, écrit-il. Mais on ne reculera pas devant nos objectifs et nos idées. C’est notre pays et nous n’en avons pas d’autre.»

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Il a été reconnu «que non seulement ces organisations diffusaient volontairement des informations incitant à la haine et à l’hostilité envers les représentants du pouvoir, mais qu’elles commettaient également des crimes et délits extrémistes», a déclaré aux journalistes Alexeï Jafiarov, un représentant du Parquet.

Ce jugement vise notamment le Fonds de lutte contre la corruption, ou FBK, connu pour ses enquêtes retentissantes sur le train de vie et les malversations des élites russes, ainsi que les bureaux régionaux de d’Alexeï Navalny qui s’occupent d’organiser des manifestations et des campagnes électorales.

Commencée dans la matinée, l’audience de ce mercredi a duré plus de 12 heures, précisent les avocats de l’équipe Komanda 29 qui défendait entre autres le FBK. Ils ont également annoncé leur intention de faire appel de la décision. Les avocats ont dénoncé dans un communiqué «un procès à huis clos avec certains documents classés «secrets». Lors de la dernière audience, toutes les requêtes de la défense ont été rejetées et aucune preuve suffisante de culpabilité n’a été présentée», estiment-ils.

Une décision condamnée par Washington et Londres

De son côté, le Parquet a salué un jugement «légal et justifié». L’issue de cette procédure laissait peu de doutes, le réseau de bureaux régionaux du célèbre opposant ayant déjà été classé fin avril dans la liste des organisations «extrémistes» du service de surveillance financière. En conséquence, il avait procédé à son autodissolution pour éviter des poursuites à ses membres.

Les Etats-Unis ont condamné une décision de la justice russe «particulièrement inquiétante», tandis que le Royaume-Uni l’a qualifiée de «perverse». «Cette décision place les employés, les bénévoles et des milliers de sympathisants à travers la Russie sous la menace de poursuites pénales et d’incarcération pour l’exercice de droits humains fondamentaux garantis par la Constitution russe», a dit le porte-parole de la diplomatie américaine Ned Price, appelant une nouvelle fois à la libération «immédiate et inconditionnelle» de l’opposant.

«Il s’agit d’une nouvelle attaque kafkaïenne contre ceux qui se dressent contre la corruption et pour des sociétés ouvertes, et d’une tentative délibérée de mettre effectivement hors la loi la véritable opposition en Russie», a déclaré pour sa part le ministre britannique des Affaires étrangères, Dominic Raab.

Les collaborateurs concernés

La justice a ordonné ce 9 juin la liquidation des organisations restantes, dont le FSK. Les collaborateurs de formations «extrémistes» risquent en Russie de lourdes peines de prison. En outre, le président Vladimir Poutine a promulgué une loi la semaine dernière interdisant aux collaborateurs d’organisations «extrémistes» de participer aux élections, alors que des législatives sont prévues en septembre.

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Ces derniers mois, la répression s’est accentuée contre l’équipe de d’Alexeï Navalny, poussant plusieurs de ses cadres à l’exil. Mais aussi contre des médias indépendants et d’autres membres de l’opposition. Et Alexeï Navalny purge une peine de deux ans et demi de prison pour une accusation de fraude qu’il juge politique.